Valets des livres

18 août 2019

L'Oeuvre des volcans, de Roger Parsemain

Découverte d’un poète de la Martinique, Roger Parsemain, avec son recueil L’œuvre des volcans, d’où coule, comme de la lave, une poésie en vers et en prose. C’est une poésie qui a ses propres lois, qui chante sa propre musique, et en cela elle me fait penser à celle d’Aimé Césaire ou de Tchicaya U Tam’si.

Je m’étais demandée, à la lecture de la quatrième de couverture, si la comparaison avec l’auteur du Cahier d’un retour au pays natal et des Armes miraculeuses, entre autres, n’était pas osée. Mais après m’être penchée sur L’œuvre des volcans, je me surprends à partager entièrement l’avis de Georges Mérida, le préfacier : l’œuvre de Roger Parsemain a « la force éruptive d’Aimé Césaire ».

Liss tenant PARSEMAIN

Un volcan a la particularité d’être imprévisible. Il semble dormir, mais il est tout simplement au repos, il peut se réveiller du jour au lendemain. Il semble inoffensif, mais quand il se réveille, il emporte tout sur son passage. On ne peut pas l’arrêter, on ne peut le soumettre à notre volonté, mais c’est l’environnement qui doit s’adapter à lui. Tout comme le temps.

Les volcans m’apparaissent dans ce recueil comme une représentation du temps.

« Le temps éclate. Poussière d’heures, blocs d’ans brisés. » (L’œuvre des volcans, page 14)

 

Les deux champs lexicaux, celui lié aux volcans et celui qui se rapporte au temps, s’entremêlent tout au long du recueil, notamment dans la première partie : « L’œuvre… ».

« Temps et temps

Depuis les volcans » (page 15)

 

Les volcans sont pour le poète comme une manière de dire l’histoire. Il invite à garder la mémoire des choses, à ne pas être oublieux. Considérer l’humanité, le monde, depuis ses origines.

« Te taire. Repose les mots. Ils corrompent le chant des choses. Ils tarissent le fleuve qui nous apure. Ne dis rien du rapt de la toile. Ni du froissement de ses lœss sur nos corps. Dans la sueur cachée de ta joie d’amour garde leur mémoire, oui, garde leur mémoire d’avant le babil des hommes. » (Page 23) 

La ‘‘mémoire d’avant le babil des hommes’’. Un peu plus haut le poète souhaite « renaître aux cendres d’avant le monde » (page 20).

 

Une autre thématique apparaît dans cette œuvre, celle que le poète nomme : L’Eve. « L’Eve d’avant l’homme » (p. 24) ; « Eve à la curiosité douce » (p. 26) « Eve des Eves » (p. 43) Elle est le troisième pilier qui soutient la voûte poétique de Roger Parsemain dans ce recueil, comme le montre cet extrait :

« Nuage et fumée se mêlent dans l’aube noyée de soir. Le tsunami soulève les îles. Mon premier cri d’homme. Etais-je mort au creux de l’Eve ? 

Dans la nausée des sels et des souffres son chant ranime mon sang malgré les caillots de jours et d’heures. Je suis oint de cent désirs au monde.

[…]

L’Eve partie nous reviendra. Sa maison respire sans horloge. Cent siècles y laissent leur poussière. L’écho de son pas grignotera la rue ouverte et la place. Là, le soleil défait les palais, bijoux de lœss lié de vent.

Palais oui palais. Tant de laves perdues. Gravats à venir. Coulées blanchies de lumière, crues de cendres à l’assaut des pays, éboulis d’orgues sans musique. Mais l’Eve danse dans la nuit […] » (pages 24-25) 

 

D’une part ‘‘fumée’’, ‘‘laves’’, ‘‘gravats’’, ‘‘coulées’’, ‘‘cendres’’ ; de l’autre ‘‘jours’’, ‘‘heures’’, ‘‘siècles’’, ‘‘horloge’’… ; et entre les deux l’Eve qui observe cette expression volcanique du temps. 

Liss tenant PARSEMAIN N°2

Dans la ta troisième partie du recueil, le poète s’intéresse à la figure d’Ulysse. « Et vous Grecs, que savez-vous d’Ulysse »., tel est le titre de cette troisième partie. Ce personnage de la mythologie grecque exprime beaucoup de choses, entre autres l’errance des hommes : « Ulysse brouteur d’îles et de continents » (p. 71).

J’ai particulièrement été sensible à la « Prophétie d’une généalogie possible » (p. 78), où le poète exprime l’idée que nous sommes tous nés d’un métissage oublié, comme dirait Henri Lopes. (Cité dans mon livre L’Expression du métissage dans la littérature africaine, page 10).

Voici l’histoire contée dans ce texte poétique : Un Chinois épouse une Indienne. Puis, à la mort de celle-ci, il épouse une autre femme « venue du fleuve Congo ». Puis lorsque cette dernière s’en va, il s’unit à une autre femme encore :

« Elle aura le nom sans mots de toutes les races de la Terre.

Vous aurez un fils. Et le fils aura des filles et des fils. (…)

Les filles et les fils iront à travers l’île et sur les continents en dérive insensible, pour d’autres filles et d’autres fils.

Les vagues de la mer viendront mourir et renaître, replis d’infini, ourlets d’éternité, souffles des jours et du siècle jusqu’à celui qu’on prénommera Ulysse. »

 

Nous sommes le résultat de métissages insoupçonnés. Avant de nous fixer en un endroit, nos parents, grands-parents ou ancêtres ont parcouru des territoires, traversé des fleuves, des mers ou des océans.  « Nous sommes tous des Ulysse » (p. 86).

 

Roger Parsemain, L’œuvre des volcans, L’Harmattan, Collection « Poètes des cinq continents », 2009, 11 €.

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28 juillet 2019

Les enfants d'Athéna, d'Evelyne Brisou-Pellen

Ils sont trois frères et soeurs : Daméas, l'aîné, qui a treize ans ; Néèra sa soeur, âgée de 11 ans, et le petit dernier, Stephanos, cinq ans. Tous enfants d'Alexos, un peintre réputé d'Athènes. Celui-ci n'avait eu de cesse de mettre en garde son fils aîné : si jamais il devait lui arriver quelque chose, ils devaient tous les trois se réfugier auprès de l'un ou l'autre de ses amis : Gorgias ou bien le dénommé Samion.

Une nuit, les enfants sentent le danger s'abattre sur leur maison. Il faut vite se sauver et retrouver ces amis de leur père Alexos. Seulement, ces amis sont aussi assassinés. Un secret semblait lier Alexos, Gorgias et Samion, mais lequel ? Et pourquoi sont-ils pourchassés par ces mêmes personnes qui ont menacé leurs parents et ont mis un terme à leur vie ? Pourquoi sont-ils persuadés qu'ils connaissent ce secret, alors qu'aucun des trois enfants ne sait de quoi il retourne ? Il leur faut échapper à leurs poursuivants et essayer de percer ce mystère qui a déjà causé tant de morts. Nous sommes au Ve siècle avant Jésus-Christ.

 

 

Couv Brisou Pellen

 

 

Et malgré les idées bien enracinées dans les esprits à cette époque, par exemple concernant les filles : "elles ne savent rien faire d'autre que s'occuper des petits", elles sont "peureuses" et ne peuvent pas se défendre toutes seules ; il faut forcément qu'elles soient sous la responsabilité d'un homme : père ou frère... Malgré toutes ces idées, Daméas s'arrange toujours pour savoir ce que sa soeur pense car il s'est bien aperçu que ses idées l'aidaient souvent à y voir clair lui-même. Il devait bien se l'avouer :

"Bien que les filles soient moins intelligentes que les garçons, elles avaient malgré tout un certain sens de la déduction."

Mais jamais il ne lui viendrait à l'esprit de l'exprimer tout haut. Et Néèra, très fine et connaissant les usages, s'arrange de son côté à faire comme si les idées venaient de son frère, comme si c'est lui qui prenait les décisions, alors que souvent c'est elle qui l'invitait à prendre la bonne direction. 

Découvrir les coutumes, la façon de vivre des Grecs à l'époque antique, comprendre la place des dieux dans la société, ainsi que les rivalités qui pouvaient opposer deux villes comme Athènes et Sparte. On observe aussi des différences : par exemple à Sparte, les filles étaient autorisées à faire bien plus de choses qu'à Athènes, ce qui éveille l'intérêt de Néèra, qui prend plaisir à discuter avec Talos, un jeune Spartiate qui finit par devenir leur compagnon de route. Elle est agréablement surprise par l'ouverture d'esprit dont ils peuvent faire preuve à l'égard des filles mais aussi horrifiée par le traitement qu'ils peuvent réserver aux esclaves. Bref, sous tous les cieux, il y a des choses positives et d'autres que l'on aimerait voir évoluer. 

Ce roman pourra être aussi, pour les jeunes lecteurs, une manière de réfléchir sur la question de l'adoption : qui est vraiment le père ou la mère d'un enfant ? Son géniteur ou sa génitrice ? ou bien celui ou celle qui l'a élevé avec amour ? Peut-on briser les liens qui nous unissent avec nos parents adoptifs, sous prétexte que leur sang ne coule pas dans nos veines ? Le petit Stéphanos émouvra plus d'un. Malgré son jeune âge, il réussit à démasquer Hanias, l'omme aux bracelets de serpent. 

Un roman construit comme une enquête policière, une plongée dans la Grèce antique, une histoire d'amour qui ajoute de la saveur à ce livre particulièrement intéressant d'Evelyne Brisou-Pellen. 

 

Evelyne Brisou-Pellen, Les enfants d'Athéna, Le Livre de Poche Jeunesse, Première publication : Hachette livre 2002.  

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27 juillet 2019

La Résurgence des silences coupables, de Jean-Claude Bemba Belcaud

Pour que cessent les maux, il faut commencer par les identifier, c’est-à-dire les nommer, les mettre en lumière. Cette mise en lumière est le début de la guérison, car le mal prolifère dans l’ombre et l’ignorance. La Résurgence des silences coupables, de Jean-Claude Bemba Belcaud, est un cri de révolte contre les « silences coupables », ainsi qu’on le lit dans le titre, des silences que l’auteur dénonce tout au long de son recueil, comme dans le poème « Un drôle de rêve » :

« Ce silence inquiétant des mots

Qui taisent les maux des persécutés » (page 10)

 

L’auteur décrie surtout « les silences abjects des honnêtes gens » (p. 27) ou des « gens bien nés » (p. 29). Du moment que l’on vit dans le luxe et l’abondance, peu importe que l’on souffre et que l’on meure ailleurs, on ne se préoccupe que de ses intérêts. Que ceux-ci impliquent la désolation sous d’autres cieux, tant qu’on est bien chez soi, on fait semblant de ne pas voir ou de ne pas entendre, ou on ne compatit que des lèvres. Pour illustrer cette absence d’engagement véritable, cette déconnexion entre ce qu’on dit et ce qu’on fait, le poète n’hésite pas à convoquer Prévert et son célèbre poème « Le Cancre ». Voici les dernières lignes du poème « Humiliation », qui évoque la disparition des migrants dans les flots méditerranéens :

« Ils se sont tus face à ce commerce honteux

Qu’ils condamnent juste du bout des lèvres

Une coupe de Champagne dans une main

Et des gouttes de sang dans l’autre

Comme ces cancres de Prévert

Ils disent non qu’avec la tête » (p. 50)

 

 

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Dans son livre, l’auteur livre sa lecture du Congo actuel, mais le Congo n’est qu’un point de départ pour parler en réalité d’une situation politique que l’on observe dans tant de pays dirigés par des ogres.

« Des fleuves de sang coulent sur les plaines du Malebo

De l’Armageddon à Kinkala et sur la colline de Madingou

De Soweto à la terre des Mossis et jusqu’au Mont Cameroun

Les peuples opprimés ressentent et expriment les mêmes douleurs » (p. 9)

 

La Résurgence des silences coupables comprend deux parties qui non seulement se font écho mais sont aussi équitables eu égard au nombre de pages consacrées à chacune. La première moitié du livre propose des poèmes qui appellent à l’éveil des consciences, comme tous ceux qui luttèrent pour un Congo debout, pour une Afrique debout, une Afrique digne. Bien que l’auteur déclare modestement ne pas être de la même trempe que toutes ces figures devenues des symboles forts de l’Afrique libre et digne, il n’en demeure pas moins que la pierre qu’il pose en publiant ce livre est une pierre qui compte, le but n’étant pas de faire comme… mais de prendre conscience que nous pouvons, chacun à notre niveau, faire quelque chose. C’est l’ensemble de nos actions, aussi petites soient-elles, qui contribuera à construire une humanité digne :

« Je ne suis ni Tchimpa Mvita, ni Boueta Mbongo, ni Matsua, ni Kimbangu, ni Lumumba et encore moins Sankara. Il n’est pas donné à tout le monde d’être courageux, mais nous sommes tous des chaînons de cette grande chaïne que j’ose encore appeler HUMANITE », déclare le conteur Loumingou, porte-parole de l’auteur, dans l’épilogue qui clôt le conte. (p. 93)  

En effet dans la deuxième partie du livre, le poète se fait conteur et l’histoire de « Dzounou la Colombe » est une autre manière de dire ce pays dirigé par un chef qui a muselé la population, que sa cupidité illimitée a poussé à multiplier les crimes et qui use soit de la terreur, soit de la corruption pour prolonger son règne. Mais il y a une fin à toute chose et surtout on récolte ce qu’on sème. L’auteur invite le lecteur à considérer ces paroles que l’on trouve dans les textes sacrés : 

« Voici, le méchant prépare le mal, il conçoit l’iniquité pour enfanter le néant. Il ouvre une fosse, il la creuse, et il tombe dans la fosse qu’il a faite. Son iniquité retombe sur sa tête, et sa violence redescend sur son front. » (p. 90)

Il importe de le rappeler à ceux qui se croient tout permis, qui pensent être à l'abri de tout, mais qui est à l'abri de la mort ? La mort que l'on donne à manger aux autres est aussi celle qui nous emportera.

Les maux contre lesquels s'élève la voix du poète sont nombreux, même si, comme nous l'avons dit plus haut, ils se concentrent sur le Congo, ce "Congo de la vendetta", "Congo qui n'invente que le crime", "Congo des mille paradoxes", "Congo de la gabegie aux espoirs étouffés"...

 

Briser le silence, une urgence. La poésie, un remède : 

« Ma poésie est une médecine du coeur 

Qui guerroie contre la folie douce des hommes

Elle pratique en toute urgence et sans anesthésie

L'ablation des tares absurdes en ce bas monde

Sur ces prétentieux à la vanité blessée

Qui se font du fric avec le sang »  (p. 41)

 

Jean-Claude Bemba Belcaud, La résurgence des silences coupables, Poèmes et un conte, Edilivre, 2018, 11€.

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25 juillet 2019

Le livre de la jungle, de Rudyard Kipling

Le livre de la jungle fait assurément partie de ces livres qui laissent une marque indélébile dans l’histoire de la littérature, c’est un carrefour où on arrive un jour ou l’autre, une fontaine à laquelle on vient se désaltérer. C’est une belle histoire, il n’y a pas à dire, et qui édifie tant sur la société des hommes, un peu comme les fables. C’est une oeuvre riche d’enseignements, et émouvante, attachante, ce n’est pas en vain qu’elle inspire et continue à inspirer des artistes depuis des générations et des générations. Je trouve le film réalisé par John Favreau, sorti en 2016, particulièrement intéressant.

 

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Tout le monde connaît l’histoire : Mowgli, un « petit d’homme », est élevé par une famille de loups, contre la volonté du tigre Shere Khan qui voulait en faire sa proie. Mowgli grandit dans la jungle et en apprend les « lois », grâce notamment à ses amis, la panthère Bagheera et surtout l’ours Baloo. S’être parfaitement adapté à son milieu de vie mais se sentir différent, malgré tout, se sentir parfois rejeté, telle est la croix que doit porter Mowgli, tout au long de sa vie, qu’il se trouve dans la jungle ou qu’il rejoigne le village des hommes.

 

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Cependant, en redécouvrant cette histoire à l’âge adulte, en la lisant avec mes yeux d’aujourd’hui, je m’interroge sur certains passages, qui m’interpellent particulièrement. J’ai beau retourner le problème dans tous les sens, je ne m’explique pas la différence de traitement que subissent les Bandar-log, le peuple des singes. On sait bien que, au sein d’un même peuple, il y a des individus admirables et d’autres que l’on peut trouver méprisables, il y a ceux qui vont avoir tout notre respect et d’autres pour lesquels on n’aura aucune estime ; il y en a qui restent dignes et d’autres qui se laissent corrompre. Par exemple, chez le peuple des loups, il y en a qui sont restés fidèles à Mowgli et qui ont continué à le défendre et d’autres qui se sont laissé manipuler par Shere Khan… Mais ce n’est pas pour autant que l’on va généraliser et déclarer que tous les loups sont tous mauvais, loin de là ! C’est ainsi pour tous les habitants de la jungle, que Rudyard Kipling présente avec leurs qualités et leurs défauts, leurs forces et leurs faiblesses, tous les habitants… sauf une catégorie d’habitants : les Bandar-log. Comment se fait-il qu’un peuple entier soit dénigré, honni, présenté comme un peuple en qui il n’y a RIEN de bon ? En un mot un peuple qui ne mérite aucune considération, parce qu’il est nullissime ! Il n’y a pas de mot plus expressif en effet pour qualifier les sentiments que Baloo nourrit envers les Bandar-log.

Mowgli, après s’être fait réprimander par Baloo, s’est retrouvé au milieu des Bandar-log dont la présence affectueuse a été comme une consolation qu’il a beaucoup appréciée… Mais cela ne plaît pas du tout à Baloo, qui lui défend formellement de frayer avec les Bandar-log. Et pourtant Mowgli trouve que ces derniers lui ressemblent beaucoup et qu’ils sont plutôt gentils, mais Baloo met en pièces tous ses arguments :

« Ecoute, Petit d’Homme, dit l’ours, et sa voix gronda comme le tonnerre dans la nuit chaude. Je t’ai appris toute la Loi de la Jungle pour tous les Peuples de la Jungle… sauf le Peuple Singe, qui vit dans les arbres. Ils n’ont pas de loi. Ils n’ont pas de patrie. Ils n’ont pas de langage à eux, mais se servent de mots volés, entendus par hasard lorsqu’ils écoutent et nous épient, là-haut, à l’affût dans les branches. Leur chemin n’est pas le nôtre. Ils n’ont pas de chef. Ils n’ont pas de mémoire. Ils se vantent et jacassent, et se donnent pour un grand peuple prêt à faire de grandes choses dans la Jungle ; mais la chute d’une noix suffit à détourner leurs idées, ils rient, et tout est oublié. Nous autres de la Jungle, nous n’avons aucun rapport avec eux. Nous ne buvons pas où boivent les singes, nous n’allons pas où vont les singes, nous ne chassons pas où ils chassent, nous ne mourons pas où ils meurent. »

(Le livre de la jungle, Editions Librio, page 43)

 

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Ces lignes ne sont-elles pas l’expression-même de la ségrégation raciale ? En vertu de quoi les Bandar-log, qui pourtant vivent bien dans la Jungle, ne sont-ils pas considérés comme un peuple de la jungle ?  Il y a « nous autres de la jungle » et il y a « eux ». Je trouve que les arguments avancés par Baloo sont ceux qui furent (qui sont toujours d’ailleurs) utilisés contre une catégorie de personnes, qui pourtant sont habitants de la terre comme les autres, mais que l’on considère comme étant à part : les Noirs. Ce sont les seuls à avoir subi la ségrégation raciale institutionnelle, que ce soit aux Etats-Unis ou en Afrique du Sud, avec l’Apartheid. Quels préjugés véhiculent-on sur les Noirs ? Ils n’ont jamais rien inventé, ils ne sont habiles qu’à copier, ils sont bêtes, sous-entendu on peut faire d’eux ce qu’on veut, ils ne sont capables de rien, etc. Et on considère que les terres où ils ont toujours vécu ne sont pas vraiment à eux, c’est pourquoi on les a allègrement expropriés de leurs terres, de leurs biens… Non seulement on les exploite mais on exploite aussi ce qui leur appartient, depuis des siècles et des siècles.

Mowgli se demande si les propos de Baloo n’engagent que lui, mais Bagheera ne dit pas le contraire, il partage les mêmes idées. On pourrait penser qu’il s’agit du point de vue des personnages, qui ne saurait être confondu avec celui de l’auteur, mais nulle part on ne relève de phrases qui viendraient nuancer ce portrait extrêmement péjoratif des Bandar-log, au contraire ils sont confortés par le narrateur qui raconte l’histoire selon le point de vue de Mowgli. Je lis un peu plus loin, avec consternation : « Ce que Baloo avait dit des singes était parfaitement vrai. » (Page 44).

Faut-il se dire que Rudyard Kipling, né au milieu du XIXe siècle, était le produit de son temps et que cette discrimination qu’il fait subir aux Bandar-log dans son livre n’en était pas une à ses yeux ? A cette époque en effet la discrimination subie par la population noire est inscrite dans la loi. Le livre de la Jungle fut publié en 1894, sous le titre The Jungle book ; 1899 pour la traduction française.

 

Rudyard Kipling, Le livre de la jungle, Librio, 2019, traduit de l’anglais par Louis Fabulet et Robert d’Humières.

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24 juillet 2019

La Saveur des bananes frites, de Sophie Noël

Saraphina est née en France, elle n’a pas connu Haïti où sont nés et où ont grandi ses parents ainsi que son frère aîné Jude. La famille a dû quitter précipitamment le sol haïtien, alors que Saraphina était encore dans le ventre de sa mère. Mais ils ne sont pas tous arrivés à destination. Qu’est-il arrivé à Caleb, le père ? Est-il mort ? Est-il toujours en vie ?

 

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Saraphina doit vivre avec la douleur de l’absence, surtout celle de sa mère. Il ne lui reste que son frère Jude avec qui elle vit dans un foyer, dans le dixième arrondissement de Paris.  Elle y a ses repères, ses habitudes, des amis comme Malik ; il y a le collège, les cours qui rythment également sa vie. Alors, même si les inégalités sociales sont flagrantes même aux yeux d’une jeune fille de onze ans, même si certains vivent confortablement dans la « Cité Paradis », un quartier de nantis au luxe insolent, même si son frère travaille dur pour leur fournir le pain quotidien, ce n’est pas pour autant qu’elle emprunterait le chemin des biens mal acquis : les valeurs que lui ont transmises ses parents, son frère, sont fortement ancrées en elle. Le désir de vivre dans la dignité est plus grand que le dénuement auquel ils ont souvent été confrontés… Mais un jour elle se retrouve impliquée dans une affaire qui prend des proportions telles qu’il faut quitter le foyer, quitter ses amis, quitter le collège, pour découvrir un univers complètement différent.

 

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C’est en étant confronté à d’autres situations, à d’autres modes de vie, c’est en allant sous d’autres cieux qu’on apprécie le mieux ce que l’on considérait auparavant comme un fait complètement banal. Sous certains cieux, l’école est un luxe ; sous certains cieux, des enfants doivent se prendre en charge eux-mêmes et rivaliser d’inventivité pour gagner quelques pièces et s’acheter de quoi tromper la faim ; sous certains cieux, on ne connaît même pas le confort d’un lit.

Ce roman est une fenêtre ouverte sur Haïti, sur son histoire, sur sa population venue principalement d’Afrique par le biais de l’esclavage. Saraphina découvre cette partie de l’histoire où des hommes ont réduit d’autres hommes à un état innommable. Mais quelles que soient les techniques utilisées pour briser la résistance des hommes que l’on veut exploiter à merci, le désir de liberté reste profondément ancré en tout être humain.

« Vois-tu, Saraphina », déclare papa Nsoah, le griot-conteur et en même temps père spirituel du foyer, « malgré l’arbre de l’oubli, les hommes de ton peuple n’ont pas laissé leur fierté ni leur révolte sur la route des esclaves. La rébellion a grondé plus d’une fois en Haïti, avec force et violence, pour les mener à la victoire, à l’indépendance, à la liberté. » (La Saveur des bananes frites, page 54)

Quand on vit dans une cité où se rencontrent des gens aux multiples origines, quand on a des parents qui sont venus d’ailleurs, on se trouve forcément au carrefour des cultures et des civilisations, et on en arrive à s’interroger sur qui l'on est, qui l'on veut être. En effet l’identité, c’est aussi ce qu’on décide soi-même de s’approprier.  Saraphina en fera l’expérience.

Un roman à mettre entre les mains des jeunes lecteurs !

 

Sophie Noël, La Saveur des bananes frites, Paris, Magnard Jeunesse, 2017, 11.90 €.

Roman sélectionné pour le prix des incorruptibles, catégorie CME-6e, en 2018-2019. 

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22 juillet 2019

Agonies en Françafrique, de Dina Mahoungou

La guerre s’est plusieurs fois déclarée au Congo-Brazzaville, marquant si profondément la société congolaise qu’elle ne pouvait pas ne pas constituer l’un des thèmes privilégiés chez les écrivains natifs de ce pays, dans leurs œuvres postérieures à ces événements. J’ai déjà exprimé cette pensée en préambule de l’article que je consacre au Fragment d’une douleur au cœur de Brazzaville, de Noël Kodia, article que l’on peut retrouver ici.

 

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C’est comme un devoir de s’exprimer sur cette période sombre de l’histoire du Congo et Dina Mahoungou ne rechigne pas à la tâche. Dans son roman Agonies en Françafrique, il revient sur cette période de guerre, qualifiée de tribale, au cours de laquelle les pires horreurs ont été commises, si bien que le Congo était devenu « un conservatoire des maux de l’humanité » (page 38). L’un des personnages du roman estime même que son « Congo natal » est « une terre maudite, obscure, violente, chaotique, horrible et morticole ». (Agonies en Françafrique, page 50).

Comment des hommes politiques ont-ils pu laisser s’installer le chaos dans leur pays, alors même qu’ils sont censés faire en sorte que leur pays devienne, grâce à leur action, un pays de distinction ? Celui qui se dit homme d’état et qui laisse son pays mourir à petit feu est-il un véritable homme d’état ? Pour Dina Mahoungou, la réponse est claire, il s’agit plutôt d’un opportuniste :

« Dans le sourd éclatement des bombes, dans la lâcheté des massacres de milliers d’innocents, c’est un fait évident aux yeux de tous : les opportunistes n’ont jamais rien aimé, même pas leur propre pays. » (Agonies en Françafrique, page 79)

Le roman se concentre sur une famille, les Matouba-Touba, dont l’histoire s’écrit à l’encre rouge-sang. Bien évidemment il faut trouver un responsable à cette déliquescence, et le bouc émissaire tout trouvé, c’est toujours... la femme, comme nous le déclarons dans un des chapitres de notre essai L’image de la femme à travers 25 auteurs d’Afrique, qui porte justement le titre de « Bouc émissaire » :

C’est un constat qui se vérifie dans tant de romans, comme dans celui de Dina Mahoungou : « En France, le bouc émissaire qu’on chargeait de tous les péchés d’Israël était la pauvre mère qui n’avait pas réussi l’éducation de ses enfants. »

Agonies en Françafrique est un voyage entre le Congo et la France, entre l’Afrique et l’Europe, entre le passé et le présent. Mais que retenir de toutes ces trajectoires humaines qui finissent par exploser sous les yeux du lecteur ? Sans doute cette pensée profonde :

« Au Congo, en France, en Belgique, partout où il y a la violence, la vie se déroule toujours pareille avec le trépas au bout. » (Agonies en Françafrique, page 216).

 

Photo Dina Mahoungou

 

Dina MAHOUNGOU, Agonies en Françafrique, Paris, L’Harmattan, 2011, 26 €.

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16 mars 2019

Interview Aimé Eyengué dans AMINA pour L'Appel du fleuve

Le magazine AMINA a fait écho au mouvement de La Fleuvitude et à L'Appel du Fleuve, recueil de poésie du dynamique Aimé EYENGUE.

 

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Docteur en Sciences sociales et diplômé en Sciences Politiques à Paris, Aimé Eyengué s'intéresse à l'action politique et ses incidences sur le devenir des nations. Auteur de multiples ouvrages, il est aussi l'initiateur du Salon du livre de Brazzaville et fondateur de sa maison d'édition. Le mouvement qu'il a lancé, dénommé La Fleuvitude, suscite l'engouement dans de nombreux pays et retient l'intérêt des universitaires.

 

« La révolution de Kinkéliba est arrivée », voilà un vers qui est scandé tout au long de votre livre ‘‘L’Appel du Fleuve’’. Pourquoi associer le Kinkéliba à la Révolution ? Que faut-il comprendre ?

Il faut comprendre que le mot Révolution est une Fleuvitude, parce qu’il est commun à toutes les sociétés : même en anglais, il se traduit Revolution. On y a attaché des valeurs et des changements majeurs au cours de l’Histoire : ce sont ces changements bénéfiques pour l’Humanité que nous appelons de tous nos vœux avec L’Appel du Fleuve, notamment l’Afrique, qui n’en a pas toujours réellement profité à ce jour. Le nom Kinkéliba, qui l’accompagne, fait office de cure thérapeutique pour ce continent malade qui a besoin de recouvrer sa santé de fer ; le Kinkéliba étant une plante médicinale appropriée pour se soigner…

 

La Fleuvitude, dites-vous, c’est « le courant courant courant ce siècle », pouvez-vous expliquer à nos lecteurs ce triple ‘‘courant’’ ?

Le premier « courant » peut se rapporter à « vent » ; le deuxième au mot « actuel » ; le troisième courant au verbe « courir » ; cela va encore plus loin : La Fleuvitude étant perçu comme étant « le courant courant courant ce siècle courant en courant à la vitesse du Fleuve… » ; le siècle courant étant le siècle présent, le 21ème siècle ; le verbe courir revient encore ce qui donne un quintuple courant, en fin de compte. Dans le même temps, l’Afrique est bien dans le Noir et à besoin du courant, de la lumière, tout comme le raciste est dans la hantise de Noir ou broie du noir, et a aussi besoin de ce courant pour éclairer sa lanterne, comme avec une lumière provenant d’une énergie éolienne… On est toujours la dans la poésie, là… Le bon sens… 

 

« Sans Fleuvitude, pas de mémoire, sans mémoire pas de présent, sans présent pas de futur », peut-on lire page 38. Y aurait-il une symbolique importante attachée à ce courant littéraire qui n’est pas simplement la célébration d’un fleuve ?

Bien entendu, la Fleuvitude est même plus attachée à l’eau qui coule, symbolisant la mémoire, qu’au seul Fleuve… Le Fleuve étant  quant à lui le pôle synergique de la dynamique plus enrichissante qu’est la Fleuvitude. Le mouvement de la Fleuvitude va ainsi du Fleuve à la Mer, pour relier les continents, dans la symbolique même des échanges, donc des communications décloisonnées ; sachant que les eaux n’ont pas de frontières en elles, et se mélangent librement… pour lever le malentendu ou l’équivoque sur les uns les autres, avec une communication vraie et décomplexée… le 21ème siècle étant le siècle de la communication par excellence. Le courant de la Fleuvitude porte ainsi l’enjeu de la mémoire, face au danger de l’oubli ou du révisionnisme de l’Histoire : le présent étant lié au passé et le futur au présent, la Fleuvitude devrait servir à toujours rafraîchir la mémoire à l’Humanité, pour prévenir les êtres humains sur les bienfaits ou les méfaits de certains choix qui ont émergé au cours de l’Histoire de l’Humanité…

 

Vous faites de la poésie, pour ne pas dire de la Fleuvitude, une « arme de construction massive », expliquez-nous.

Etant définie par l’eau et la mémoire, la Fleuvitude est en effet une arme de construction massive, parce que, comme l’eau vive et vivante, elle s’apparente à la mémoire vive de l’Humanité, à l’image de l’unité centrale d’un ordinateur. Sans mémoire, il ne peut y avoir de construction massive, si ce n’est de destructions massives. Or, la Fleuvitude est là pour instruire et construire l’Humanité et non détruire l’Humanité… Qui peut seulement construire sans vraiment faire usage d’eau ? Elle est une arme, un outil servant à la construction de l’Humanité au profit de tous. L’eau, c’est la vie ; et la poésie, c’est la vie… Que serait la vie sans poésie ? Par poésie, il faut aussi entendre « musique », « chansons », « récitations scolaires »… Par le canal de la Fleuvitude, nous voudrions redonner à la poésie sa place de choix, dans une forme de Révolution totale de la vie et dans les habitudes culturelles et politiques… par les temps qui courent…

 

Vous prenez position sur plusieurs sujets dans votre livre. Vous dites par exemple, page 111 : « Il faut que le CFA s’efface ». Comment voyez-vous l’avenir de l’Afrique ?

Ce texte à l’image des aspirations africaines actuelles, qui consistent à vouloir et voir déclencher une Révolution… politique, pour une vraie souveraineté des pays africains, notamment les pays de la zone du Franc CFA. Et l’avenir de l’Afrique passera forcément par là… avec l’établissement d’une vraie indépendance. La poésie se trouve être l’outil efficient servant le mieux cette urgence dans une Afrique agonisante, qui étouffe et que l’on étouffe dans tous les sens, depuis cinquante ans, en dépit de la richesse et l’inventivité multiformes de sa jeunesse. Il va bien falloir en finir avec cette Afrique « mal partie » qui a donné raison à René Dumont.

 

Vous avez, depuis 2017, lancé une maison d’éditions dénommée « Editions de la Fleuvitude ». Faut-il nécessairement avoir écrit sur le fleuve pour être publié chez vous ?

« Nécessairement », non ; parce que le Fleuve comme la Fleuvitude sont présents dans quasiment toutes les réalités décrites par les divers écrits éditables. Les Editions de la Fleuvitude (LEF) font essentiellement la promotion de la liberté en général : notamment la liberté d’écrire, la liberté d’être, la liberté de se saisir des sujets qui nous regardent tous ; un Africain pouvant aussi bien écrire sur les Américains que sur les Asiatiques, sans se sentir illégitime, et vice-versa. Tout y est fait pour faire se croiser des expertises et les littératures, qui sortent aussi du conformisme ou du politiquement correct, à l’instar de l’Anthologie d’éveil « Nous sommes tous Africains », publiée par Les Editions de la Fleuvitude en 2017.

 

Propos recueillis par Liss KIHINDOU

in AMINA N°585 de Février 2019.

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02 février 2019

Racine, de Paterne Ngoulou

Le recueil de poésie de Paterne NGOULOU porte bien son titre. "Racine". La racine est essentielle à la plante. C'est grâce à elle qu'elle se nourrit, qu'elle grandit, qu'elle tient ferme face aux intempéries. Que peut prétendre devenir un homme sans racine ? Il est semblable à une feuille que n'importe quel vent emporte.

 

COUV Paterne NGOULOU 001

 

Les racines, ce sont bien sûr nos origines, nos pères, et l'auteur fait la part belle à la figure du père, qui représente tous les aïeuls. Quand le père n'est plus, il reste les mots pour lui redonner vie, pour lui témoigner de la reconnaissance :

"Papa était tendre et plein d'avenir

Mais de la tendresse pouvait gronder le tonnerre

pour m'empêcher de baigner dans la maladresse" (page 21)

 

C'est à son père que Paterne Ngoulou dédie son livre. Cet hommage au père est doublé d'un hommage à la patrie.  Plusieurs poèmes disent l'attachement à la patrie, ils disent aussi la désolation du poète lorsque l'avenir de cette dernière s'assombrit, comme dans le poème "Brazza-ma-ville", dans lequel on peut lire ces vers :

"Tu es ma terre, celle de mes pères

Te voir à terre, je ne peux me taire." (page 28) 

 

Paterne Ngoulou s'inquiète du devenir de son pays, de ses habitants, à l'heure où "La loi de l'arme seule nourrit les cris de l'homme". (p. 24) Que deviennent les femmes dans ces contrées où le crime s'accomplit au nom de la richesse et du pouvoir ? D'une rive à l'autre du fleuve Congo, comme ailleurs dans le monde, la femme est bafouée dans sa dignité :

"Femme violée, crime voilé" (p. 24)

 

Les racines, ce sont aussi les valeurs qui font de nous ce que nous sommes devenus. Ces valeurs constituent notre équilibre. Quand elles sont détruites, il ne fait aucun doute que nous ne pouvons être des citoyens dont notre nation peut s'enorgueillir. Paterne Ngoulou interpelle dans son recueil cette jeunesse qui se laisse séduire par la politique du "vite parvenir", qui se laisse corrompre, ignorant que ceux qui les séduisent par une gloire superficielle s'assurent ainsi leur aliénation. Au lieu de produire une jeunesse nourrie de valeurs et qui se forge au fil de l'effort, le pays produit une jeunesse qui se regarde le nombril et qui ne prend garde à la décrépitude ambiante : cette jeunesse ne peut pas contribuer à changer le pays, puisqu'elle se complait dans le marasme : 

"Je vois partout écrits des mots pour faire de toi une âme damnée

Sans scrupule te vouant à une illusion salutaire

Ô jeune tu te vois vraiment populaire,

Pourtant à toi ne s'offre qu'un mirage éclair

[...]

Ô jeune tu te crois meilleur

Pourtant de toi aujourd'hui se lit la perte ;

Perte autour des valeurs qui fondent l'être.

Reste, passe en tête, mais souviens-toi que le travail seul forge les maîtres.

Être pour paraître t'amène aujourd'hui à vivre une vie de traître."

(page 43).

 

Au-delà de son Congo natal, le poète s'interroge sur l'avenir de l'Afrique, étranglée par des dictatures qui ont pris en ôtage le pays qu'ils avaient la mission de développer, de servir. Mais ces présumés chefs d'Etat ne viennent pas pour servir le pays, ils viennent se servir. 

"Ici gît Monsieur Congo, tombé au front de la raison

Et ailleurs, aux mains des Bongo,

Le Gabon gît dans sa maison." (p. 35)

 

Le peuple pourtant se lève, des voix s'élèvent, même si c'est au prix de leur vie : 

"Ils sont légion, ceux qui tombent

De la maison ils arrivent à la tombe" (p. 35)

 

Que ce soit dans le poème "A nos morts tombés dans les creux de leur cupidité", ou dans "Peuple, force, modèle de lutte", le poète salue tous ceux qui se battent pour un avenir meilleur et les encourage à poursuivre le combat pour la liberté, pour la dignité.

 

Racine, un recueil de 16 poèmes dont le lyrisme et l'engagement retiendront l'intérêt des lecteurs.

 

Extrait de la préface de Marie-Léontine Tsibinda : "Racine, de Paterne Ngoulou, se lit comme une élégie à la vie. Une vie de nostalgie parfumée dans une révolte contenue. Racine, un lieu où se côtoient passé et présent, s'enlacent mort et vie, mugissent rage et désespoir, fleurissent, fleurissent espérance et futur."

 

Paterne Ngoulou, Racine, Editions La Doxa, Préface de Marie-Léontine Tsibinda, 2017, 43 pages, 5 €.

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29 janvier 2019

Le Phoenix, d'Aïssatou D. Ehemba

Aïssatou D. Ehemba est l'auteure de deux romans et le second se présente comme une enquête policière. Comme dans la série policière "Clombo", les coupables sont connus d'avance, mais comment la police réussira-t-elle à les démasquer ? Et d'ailleurs le mystère sera-t-il entièrement élucidé ? Seul le lecteur aura ce privilège...

 

Interview publiée dans AMINA N°584 de janvier 2019

 

"Aïssatou D. Ehemba expérimente le polar"

Avec « Le Phoenix », son deuxième roman, Aïssatou D. Ehemba entraîne le lecteur dans une intrigue policière qui le fait voyager principalement entre la région parisienne et la côte d’azur, avant de l’inviter à découvrir l’Indonésie. A travers ses personnages, originaires de l’Afrique noire, du Maghreb, du Portugal, et de différentes régions de France, l’auteure évoque la France multiculturelle et crée une ambiance qui séduit tout de suite le lecteur. En se lançant dans le policier, un genre que les écrivaines d’Afrique investissent peu, Aïssatou D. Ehemba réussit un coup de maître.

 

 

Amina Janvier 2019 001

 

Aïssatou D. Ehemba, vous campez des personnages qui réservent des surprises au lecteur. Qu’ils paraissent avoir réussi leur vie ou qu’ils semblent se trouver sur une pente raide, ils ont des blessures qu’ils croient cicatrisées mais qui saignent encore selon les circonstances. Comment surmonter les épreuves de la vie ?

Avec beaucoup de courage et de l’optimisme. Eva cartier par exemple avait tout pour réussir au départ, puis un accident de la vie et une dépression étant survenus, elle s’est laissée aller. Pour moi, tout le monde a droit à une seconde chance. Il faut savoir la saisir. Elle l’a fait et tel un Phoenix, elle va renaitre de ses cendres en faisant certains choix.

 

Vos héros sont des jeunes de banlieue qui se livrent à la délinquance, jouant chaque fois au chat et à la souris avec la police, au grand dam des parents qui aimeraient voir leurs enfants suivre le droit chemin. On voit par exemple la détresse de la maman de Kader, qui se plaint de ce que tous ses garçons « avaient mal tourné ». Autrement dit, l’éducation est une armure bien faible dans la jungle de la banlieue ?

 

Eduquer ses enfants est quelque chose de très difficile. Il n’y a pas de recette miracle et beaucoup de parents sont dépassés aujourd’hui. Il n’y a qu’à voir la multiplication des émissions comme « Super Nanny », « Pascal le grand-frère » ou d’autres…. Mais d’autres font de leur mieux en inculquant des valeurs et des principes à leurs enfants mais ils sont aujourd’hui en concurrence avec la rue et ses règles.  La mère de Kader est vaillante et travailleuse. Mais lui comme ses frères n’ont pas suivi le droit chemin qu’elle souhaitait pour eux. Seule sa fille se donne les moyens de s’en sortir.

 

Vous dites des jeunes femmes vivant dans les quartiers difficiles, qu’elles « risquaient leur vie et leur honneur dès qu’elles mettaient le pied hors de leur habitation ». Si vous étiez Maire ou décideur politique, quelles actions mèneriez-vous pour que la vie dans certains quartiers soit plus sereine et non toujours associée au danger ?

 

J’ai un peu exagéré cette phrase, mais parfois on entend des jeunes filles se plaindre d’être maltraitées verbalement parce qu’étant un peu trop coquettes. Dans les quartiers comme ailleurs on colle très vite des étiquettes peu flatteuses. Dans mon roman, les jeunes que je présente sont des gentils, ils aiment faire la fête, mais parfois ils s’ennuient et les mauvaises idées germent. Aspirant à un confort matériel véhiculé par Internet, les réseaux sociaux et les émissions de télé-réalité, ils basculent. Mais dans ces mêmes quartiers, il y a des jeunes garçons et filles très brillants et bourrés de talent. Certains finissent, avocats, médecins ou autres…

 

Justement, à côté des jeunes qui croient réussir en misant sur la délinquance, vous décrivez aussi d’autres personnages qui se battent pour gagner leur vie à la sueur de leur front, mais cela ne protège pas toujours de la misère (morale et matérielle), qui peut frapper même une personne bien située socialement, comme Eva Cartier qui devient du jour au lendemain une clocharde. La misère se trouve partout ?

 

Oui, aujourd’hui, nul n’est à l’abri. On peut tout avoir, être au sommet et tout perdre du jour au lendemain. Ce sont les aléas de la vie.

 

La lecture de votre roman est agrémentée par diverses citations qui introduisent les chapitres et en donnent l’esprit. Au vu des rebondissements et du dénouement du roman, peut-on dire que celle de Paul Eluard résume bien l’ensemble : « Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous » ?

 

Oui, j’aime beaucoup cette citation qui est un leitmotiv que mon meilleur ami et moi ne cessons d’invoquer. Pour moi toute rencontre ou toute chose a sa raison d’être. Les orientaux parlent de destin, ‘‘mektub’’.

 

Vous citez essentiellement des auteurs d’Occident. Avez-vous aussi été touchés dans votre parcours de lectrice par des auteurs d’Afrique ? Pouvez-vous en citer quelques-uns ?

 

Ayant fait toute ma scolarité en France, c’est à l’âge adulte que j’ai été curieuse de mon pays d’origine et son histoire. Ainsi, j’ai découvert les écrits de Senghor, la romancière Mariama Bâ, l’écrivain-cinéaste Ousmane Sembène et beaucoup d’autres… L’Afrique est riche d’érudits, c’est ma fierté.

 

Propos recueillis par Liss Kihindou.

 

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20 janvier 2019

La Rue Cases-Nègres, de Joseph Zobel, scrutée par des élèves de 4e

Lorsque, l'été dernier, je préparais les lectures à proposer aux élèves cette année, j'ai fait des découvertes, si bien que, pour la séquence consacrée à l'étude de la confrontation des valeurs, j'ai hésité entre plusieurs oeuvres. Finalement, j'ai proposé les deux romans entre lesquels j'hésitais, et aussi La Controverse de Valladolid, qui montre comment on est passé de l'esclavage des Indiens à celui des Noirs, comment l'Eglise a en quelque sorte officialisé la traite et l'esclavage des Noirs, de sorte qu'ils s'amplifièrent de manière spectaculaire et se poursuivirent sur plusieurs siècles. Nous avons étudié La Controverse de Valladolid de Jean-Claude Carrière en classe. Et chez eux ils devaient lire Coeur noir, de Joyce Pool, un roman pour la jeunesse facile à lire et qui sensibilise bien les jeunes aux réalités de l'esclavage. J'ai publié, après ma lecture,  un article que l'on peut lire ici.

 

Photo livre et film Rue Cases Nègres

 

Tous ceux qui le souhaitaient pouvaient en plus lire La Rue Cases-Nègres, de Joseph Zobel, ce qui leur rapporterait des points supplémentaires (des points bonus). Il n'en fallait pas plus pour motiver les élèves, car sur un effectif de 22 élèves, ils étaient 16 à avoir décidé de lire ce roman magistral, qui ne relève pas de la littérature de jeunesse, qui nécessite au contraire d'être plutôt "armé" littérairement pour comprendre et apprécier ce livre. 

La première partie du roman, dans laquelle José raconte ses journées à la rue Cases-Nègres, ses parties de jeux mais aussi ses bêtises d'enfant avec ses petits camarades, a été particulièrement appréciée. Disons plutôt que les élèves ont été plus sensibles à cette première partie car les héros sont des enfants et leurs bêtises ont sans doute rappelé dans leur esprit des souvenirs personnels.

Mais ensuite leur intérêt s'est amenuisé : ils ont pour la plupart trouvé le reste long à lire, alors que c'est là que résidait toute la substance du livre, le moment où José, qui est plus âgé, commence à réfléchir sur la condition des Noirs, sur la différence qu'il y a entre un enfant de riche et un enfant de pauvre quelle que soit la couleur de sa peau. Sa scolarité, et toutes les épreuves qu'il a dû subir, les difficultés que sa grand-mère, sa mère et lui-même ont dû surmonter pour atteindre l'objectif visé, ces pages sont d'une qualité exceptionnelle. Mais il fallait avoir une certaine maturité de lecture pour goûter à ces pages, et je me réjouis de ce que certains élèves, dans le lot, se sont distingués comme de fins lecteurs. Quel plaisir de voir que de jeunes lecteurs ont bien compris le projet de Josep Zobel dans ce roman que l'on peut qualifier d'autobiographique, et qu'ils peuvent en parler, non seulement avec justesse, mais aussi avec émotion ! 

En corrigeant les copies, on s'aperçoit tout de suite qu'il y a ceux qui ont compris, et ceux qui n'ont pas très bien compris ou qui sont restés parfois à la surface. Par exemple à la question "Que pensez-vous de la manière dont m'man Tine a élevé son petit-fils ? Justifiez votre réponse en vous appuyant sur des exemples précis", un grand nombre d'élèves s'est arrêté à la sévérité de m'amn Tine : "Elle l'élève de manière un peu cruelle" ; il y en a même un qui va jusqu'à affirmer qu'elle l'élève "sans amour", parce qu'elle le frappe et l'embrasse rarement. Il y en a, comme L., qui ont nuancé leurs propos et qui, à côté de la sévérité de M'man Tine, ont aussi perçu les sacrifices qu'elle a fait pour José :

"M'man Tine peut être stricte envers José comme par exemple le jour où il a cassé le bol, sa grand-mère l'a obligé à se mettre à genoux, il saignait. Mais elle peut être gentille comme par exemple quand il s'enfuit chez Mme Léonce et qu'il ne mange pas, elle va déménager (pour régler le problème). Elle a eu une enfance difficile car elle travaillait depuis toute petite, elle s'est fait violer par M. Valbrun ; sa fille, Délia, à partir de 12 ans, va à l'école et vécut chez Mme Léonce, elle veut faire pareil pour José."

 

Rue Cases Nègres LUCIE 002 (2)

 

C'était bien argumenté. Mais ceux qui m'ont le plus fait plaisir, ce sont ces deux élèves, A. et Z., qui depuis le début de l'année me surprennent agréablement par la finesse de leur analyse quand il s'agit de textes littéraires à étudier.

Z. : "M'man Tine a très bien élevé son (petit) fils car elle l'a toujours empêché de rejoindre les petites bandes, elle a tout fait pour qu'il aille à l'école, elle lui a appris à ne pas voler ou demander de l'argent aux gens. Elle le protégeait dans les plantationsn du froid, du chaud et de la pluie. Elle sacrifiait parfois ses repas de la plantation pour lui."

Z. a perçu tous ces détails qui montrent que M'man Tine n'était pas "sans amour", comme l'a affirmé R., elle était au contraire remplie d'amour pour son petit-fils : elle rêve pour lui d'un autre avenir que de connaître la dure et ingrate tâche de travailleur dans les plantations. Les sévérités n'étaient pas de la méchanceté, mais sa manière de lui transmettre des valeurs ; elles n'ont même pas besoin d'être mentionnées, car elles sont si légère comparées au poids des sacrifices consentis par M'man Tine pour préserver José et l'inciter à réussir à l'école pour avoir la chance de connaître un autre destin que celui qui semblait déjà tout tracé pour un jeune Noir à cette époque, en Martinique.

C'est aussi ce que traduit la réponse de A. : "Pour moi, M'man Tine a très bien élevé son (petit) fils, puisqu'elle va même déménager à Petit-Bourg pour que José puisse aller à l'école, elle ne voulait pas que José vienne dans les champs avec elle après l'incendie, et elle faisait tout pour que José soit instruit, qu'il ne vive pas la même vie qu'elle."

 

Les élèves devaient commencer par faire un résumé du roman, et puis, parmi les questions, il y avait celle-ci qui donne la liberté à l'élève de s'exprimer sur le livre, selon ses impressions : "Avez-vous aimé lire ce roman ? Qu'est-ce qui vous a déplu ? Bref faites le bilan de votre lecture en souligant les points positifs et les points négatifs."

 

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Réponse de Z. : "J'ai vraiment aimé ce roman, ce qui m'a déplu, c'est qu'à la fin José ne peut pas aider sa grand-mère. Et en plus, les Noires sont vraiment en mauvaise condition alors que les Békés, eux, sont tout puissants. C'est bien que Jojo se soit échappé, et que José ait réussi son Bac, mais c'est dommage que M. Médouze et M'man Tine soient morts au travail. C'est nul qu'il y ait autant d'inégalités entre les Noir(e)s de plantation et les Noir(e)s riches. Les anciens camarades de José sont partis dans les petites bandes, leurs parents n'ont pas suivi l'exemple de M'man Tine, c'est nul."

Réponse de A. : "Ma lecture a été plutôt bonne. J'ai bien aimé lire ce roman, ce qui m'a déplu le plus, c'est les conditions de vie des habitants de la rue Cases-Nègres, M. Médouze qui meurt à cause du travail,  la pauvreté qui y règne, les parents comme par exemple M'man Tine qui n'arrive pas à nourrir correctement son petit-fils. Les points positifs de l'histoire de ce livre sont que même dans cette pauvreté les enfants arrivent à jouer et à s'amuser, avec toutes les galères que José a connues, il réussit à avoir son Bac. Et les points négatifs, c'est surtout la domination qu'ont les Européens, les Français, sur la population martiniquaise, l'inégalité, et même avec tout ce que les Noirs travaillaient, ils sont payés pas comme il faut."

Rue Cases Nègres ALAN 002 (2)

 

Réponse de V. : "Pour moi, ce livre est très pertinent, car cela parle d'une (esclave) qui travaille dur pour que son petit-fils sorte de la plantation et qu'il aille à l'école. C'est une dame très forte car elle a réussi à sortir sa fille et son petit-fils de la misère. J'ai adoré lire ce roman car c'est une vraie preuve d'amour."

 

Rue Cases Nègres VICTOIRE 003 (2)

 

Question : Comparez la Rue Cases-Nègres à la Route Didier : quelles remarques pertinentes pouvez-vous faire ?

Réponse sommaire de S. : "A la rue Cases-Nègres, il y a plus de Noirs qu'à la Route Didier où il a principalement es Blancs."

Réponse satisfaisante de A.M. : "A la rue Cases-Nègres les habitants sont pauvres, ils travaillent dans les champs de cannes à sucre et il n'y a des des Nègres, tandis qu'à la Route Didier les habitants sont principalement des Blancs possédant des voitures de luce."

 

Rues Cases Nègres AI MY 001 (2)

 

Réponses nourries, argumentées, pertinentes de Z. et A. :

Z. : La Rue Cases-Nègres est peuplée de Noirs qui doivent se tuer au travail et qui galèrent, qui ont des maisons déplorables avec une ou deux pièces.. Alors que la Route Didier est peuplée de Békés riches, puissants, avec de belles villas et des employés de ménage. Il y a aussi des Noires qui adulent les Blancs et qui sont fiers d'êtres leurs "esclaves". On peut remarquer qu'il y a vraiment une différence entre ceux qui dominent : les Blancs, et ceux qui servent : les Nègres.

A. : La Rue Cases-Nègres est une rue plutôt pauvre, avec des cases en paille et en bois, où vivent les Noirs, une route qui mène aux champs, où les enfants s'amusent quand leurs parents vont aux champs ; il y a des cris, beaucoup d'enfants de cette rue ne vont pas à l'école, ou n'ont même pas les moyens; ils vivent une vie misérable et sont pauvres, ils sont entre eux, et c'est des Noirs.

      La Route Didier est une route où règne la propreté, une route avec beaucoup de belles maisons, des villas, et une population plutôt blanche (Békés), avec des emplois qu'on ne voit pas à la Rue Cases-Nègres : gardiens, voituriers ; les enfants qui vont à l'école, qui sont intelligents, instruits, une route calme, une population plutôt aisée y vit. M'man Delia et José le disent eux-mêmes : la Route Didier est l'opposé de la Rue Cases-Nègres. La population n'est pas la même et n'a pas les mêmes moyens. La Route Didier est une route dans la capitale."

Rue Cases Nègres ALAN 001 (2)

Au retour des vacances de Noël, toute la classe a regardé le film réalisé par Euzhan Palcy. Ceux qui avaient lu le livre avaient principalement à relever les changements effectués par la réalisatrice (trouver les différences entre le livre et le film) et à dire s'ils avaient préféré le livre ou bien le film. 

 

Réponses honnêtes de A.M. et L. :

A.M. : "Malgré les changements eeffectués par la réalisatrice, je préfère le film car avec des images j'arrive mieux à m'intégrer dans l'histoire. Je trouve que c'est moins long, la durée du film, que le temps de lire et je trouve que lire est un peu ennuyant que de regarder le film.

L. : "J'ai préféré le film car j'ai ressenti plus d'émotions en voyant la situation des Nègres à l'époque. Par contre j'aurai aimé qu'il y ait moins de différences entre le livre et le film ; que la mère de José soit vivante... Il y a eu des passages drôles et d'autres marquants. En voyant le film, j'ai mieux compris la vie des Nègres dans les champs de canne.

Réponse nuancée de R. : "Le livre permet de savoir plus de choses, il y a plus de détails, mais le film permet de mieux comprendre, de voir la scène et comment sont les personnages. Donc pour moi je préfère les films que les livres mais pour La Rue Cases-Nègres, je préfère le livre."

Réponses de ceux qui ont été séduits par la plume de Zobel :

Z. : "J'ai préféré le livre car il était beaucoup plus détaillé, plus profond, on pouvait vraiment comprendre ce que José ressentait. D'ailleurs dans le livre, la différence entre les Békés et les Nègres est flagrante et énervante ; je trouve que le film n'a pas assez exploité ce côté-là et les sentiments de José."

A. : "J'ai préféré le livre, parce qu'il y avait plus de détails. Je préfère lire que regarder, on racontait bien les événements , il y a en plus un beau vocabulaire et ça me permet d'apprendre des mots, toutes les actions sont bien précisément racontées et on explique aussi le pourquoi de cela ; dans le film, c'est le gros qui est raconté, les actions les plus ''petites'' du livre ne sont pas racontées, ce qui réduit l'impact sur la personne qui regarde le film."

 

Joseph Zobel, des élèves de 13-14 ans, qu'ils soient plus ou moins armés littérairement, ont été sensibles à ta plume.

 

On peut relire ma chronique sur La Rue Cases-Nègres en cliquant ici.  

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