La Case de l’oncle Tom, le livre américain le plus vendu au XIXe siècle, une œuvre qui compte dans la lutte pour l’abolition de l’esclavage. 

Nous sommes aux Etats-Unis, dont les Etats n’ont pas tous la même attitude lorsqu’il s’agit des esclaves. Les Etats du Sud sont réputés pour leur cruauté prononcée envers les Noirs. Cette partie de l’Amérique est considérée comme un enfer par les esclaves, un point de non retour. Il faut se diriger vers le Nord pour trouver des propriétaires d’esclaves aux mœurs plus douces. C’est le cas du couple Shelby, installé dans le Kentucky, un Etat du centre-est des Etats-Unis. Les Shelby sont entourés d’esclaves heureux d’appartenir à leur maison, car ils sont traités avec humanité. Parmi ceux-ci, il y a Tom, dit ‘‘oncle Tom’’, et sa femme Chloé, la cuisnière en chef des Shelby. Ils ont la joie de voir grandir leurs enfants, qui n’ont pas été vendus sur une autre plantation comme cela se pratiquait souvent. Il y a aussi Elisa et son fils Harry. Le mari d’Elisa, George Harris, appartient à un autre maître, moins humain. Les esclaves des Shelby rendent bien à leurs maîtres la bienveillance dont ceux-ci font preuve à leur égard, Tom particulièrement, le plus fidèle entre  tous, le plus dévoué, le plus ancien aussi, car il a pratiquement vu naître son maître, Arthur Shelby. Auparavant, il était au service des parents de ce dernier. Les Shelby n’ont donc l’intention de se séparer d’aucun de leurs esclaves, cependant de gros problèmes financiers vont les contraindre à vendre Tom, puisque c’est celui qui le vaut le plus, ainsi que le petit Harry, le fils d’Elisa, l’unique enfant qui lui restait après en avoir enterré deux. Tom se soumet, mais Elisa s’enfuit avec son petit garçon, pour ne pas le voir arraché à elle. Elisa va essayer de gagner le Canada, où l’esclavage a été aboli. C’est également le projet de George Harris, son mari, qui, malgré ses nombreuses qualités, est, sans compter les sévices physiques, humilié, torturé moralement par son maître qui ne supporte pas de se sentir inférieur, du point de vue intellectuel, à son esclave noir. 

 

Couv Case Tom

 

Ainsi, on suit durant tout au long du roman le parcours de ces personnages. Les différents lieux où ils atterrissent et les différentes personnes qu’ils rencontrent nous montrent les différentes facettes de cette Amérique du XIXe siècle. Tom passe d’abord entre les mains d’Augustin Saint-Clare, grâce à la fille de celui-ci, Evangélina, dite Eva, qui a réclamé Tom comme son esclave personnel, pour le « rendre heureux ». Puis il tombe entre les mains d’une vraie brute : Legree. Elisa quant à elle à la chance durant son périple de fugitive, de rencontrer des personnes décidées à ne pas obéir à ces lois esclavagistes qu’elles ne trouvent pas en accord avec l’Evangile.

Il y a beaucoup de personnages dans ce roman, dont le portrait est intéressant, comme Topsy, la petite esclave noire, considérée par tous comme une diablesse, Marie Saint-Clare, une femme égoïste qui dans le monde se considère pourtant comme la plus pieuse, la plus charitable entre tous. 

L’un des thèmes forts de ce roman, en plus de l’esclavage, c’est la perte de l’être cher et l’attitude face à la mort : courage, confiance, appréhension, amertume… les sentiments envers elle divergent d’un personnage à l’autre, et c’est intéressant de comparer les personnages sur ce point. Face à la grandeur de la petite Eva au moment où elle vit ses derniers instants, les peurs et les superstitions de Simon Legree ne paraissent que plus ridicules. Ainsi, même celui qui se passe pour un dur dans le roman a ses faiblesses, ses démons devant lesquels il apparaît comme un petit garçon. Tandis que la petite Evangélina paraît bien mâture, plus réfléchie même que certains adultes.

Le ‘‘départ’’ d’Eva, son courage, sa générosité, constituent un des moments les plus émouvants du roman. Sa capacité à rendre meilleur, à adoucir tout autour d’elle n’a d’égale que celle de Tom qui, quoi qu’on lui fasse, quoi qu’on lui dise ou ne lui dise pas, ne sait faire que le bien.

L’autre thème-clef, c’est la foi, dont les esclavagistes se sont servis pour s’assurer de la soumission des Noirs, pour diminuer leur désir de révolte. Mais elle a aussi prodigué une force morale prodigieuse chez les opprimés, en même temps qu’elle a constitué le miroir qui mettait les esclavagistes face à leurs actes : peut-on se dire chrétien, prêcher la parole de Christ, et traiter d’autres humains comme des bêtes ?

La fin de vie de l’oncle Tom est aussi émouvante que celle d’Eva. Il y a beaucoup à dire, mais nous allons terminer par le titre, bien choisi, car la ‘‘case’’, le chez soi, est le symbole de la liberté :

« Monsieur, j’aimerais mieux une pauvre maison, de pauvres vêtements… tout pauvre ! voyez-vous… et à moi, que d’avoir bien meilleur… et à un autre. » (page 272)  

« Pour vos pères, la liberté, c’était le droit qu’a toute nation d’être une nation ; pour lui c’est le droit qu’a tout homme d’être un homme, et non une brute ! Le droit d’appeler la femme de son cœur sa femme, de la protéger contre toute violence illégale, le droit de protéger et d’élever ses enfants, le droit d’avoir à lui sa maison, sa religion, ses principes, sans dépendre de la volonté d’un autre. » (page 334) 

S’il fallait classer ce roman dans une catégorie, je dirais roman capable de vous faire passer une nuit blanche, roman qui peut vous faire verser des larmes, roman qui fait bouger les lignes, car la publication de ce roman ainsi que les débats auxquels il donna naissance, ne furent pas étrangers à ceux qui aboutirent à la guerre de Sécession, guerre qui, de 1861 à 1865, opposa une confédération d’Etats du Sud au Etats du Nord sur la question de l’esclavage des Noirs et de son abolition. 

 

Harriet Beecher Stowe, La Case de l’Oncle Tom, version abrégée, Editions Hachette, collection Le livre de poche jeunesse, 2003. Traduit de l’anglais par Louis Ebault.

Première publication de La case de l’oncle Tom ou La vie des humbles en feuilleton, en 1851, dans le National ra. Puis publication en deux volumes en 1852.