« Je suis conteur. Mais il ne s’agit ni d’un engouement, ni d’un choix réel. Je suis conteur car le conte fait partie intégrante de ma culture et plus particulièrement de mon histoire personnelle. Mon éducation s’est faite au rythme des histoires de mon père qui, pour chaque chose de la vie, a une histoire à conter, et ma mère l’accompagne toujours par des remarques, des chants ou des danses. J’ai donc vécu toute ma vie dans le conte ».

Voilà, c’est dit : Jorus Mabiala et le conte ne font qu’un. C’est ainsi qu’il appréhende le monde et qu’il le fait découvrir à ceux qui l’écoutent ou qui le lisent. La vie est un conte dont il faut retenir la leçon essentielle pour s’en sortir.

Jorus photo

Jorus Mabiala sillone la France et l’Afrique, la besace pleine de contes qui font le bonheur des petits et grands, comme à Oran, en Algérie, où il participe depuis sa création au ‘‘festival du conte’’ qui y est organisé par l’association "Le Petit Lecteur". C’est le recueil né de cette rencontre entre Jorus et Oran que je vous invite à découvrir. Par ailleurs, Jorus Mabiala a publié :

 

Si la Fontaine parlait Africain, Editions Acoria

Les Contes très africains, Editions Acoria

Contes et poèmes d’Afrique, Editions Le Petit Lecteur

Indépendances Cha-cha (collectif), Editions Magellan et Cie

 

 

Les Nuits du Conte d’Oran

 

Ce recueil de contes nous promène dans les forêts et savanes du bassin du Congo, en territoire bantu, où les animaux, justement, ressemblent fortement aux « Bantu », autrement dit aux « hommes ». Fidèles à la tradition du conte qui est à l’image de la société, les personnages de ces contes reprennent les défauts des hommes, ainsi que leurs rêves, qui souvent ne tiennent pas compte de la réalité ou des risques encourus. C’est le cas dans le conte « L’éléphant qui voulait maigrir ». Ben oui ! Il n’y a pas que la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf !

Nuits du conte

 

Ce que j’ai particulièrement aimé, c’est le lien subtilement fait avec les problématiques modernes, par exemple les régimes. L’auteur profite des récits pour semer, ici et là, des réflexions sur la politique et les Etats africains. Dans le conte « La petite fille au cœur d’un village », l’héroïne est avalée par un crocodile, et le narrateur de commenter : « elle ne voyait rien, car dans le ventre du Crocodile, c’est comme dans mon pays, sans électricité tout est noir. » (p. 47) Le narrateur se fait ici le porte-parole de l’auteur, natif du Congo Brazzaville, un pays où les coupures de courant sont aussi régulières et imprévues que les pluies qui s’abattent sur lui, au gré des caprices de la météo.

A la page 24, c’est le contraste entre la classe politique riche à ne plus savoir que faire du trop plein d’argent et le peuple toujours plus pauvre qui est pointé : « Il y a des hommes et des femmes africains plus riches que leur continent l’Afrique, ceux qui se servent ou qui pillent leur peuple pour manger toutes les mauvaises nourritures vendues dans les pays les plus pourris du monde. […] Ils sont tellement riches qu’ils importent même les maladies ! » Plus loin, l’auteur évoque « les féticheurs qui font gagner le pouvoir aux chefs d’Afrique ». (p. 50)

Bref ces contes où les animaux ont maille à partir avec leurs ambitions, leurs désirs, la réflexion sur le monde actuel n’est pas loin. Les sujets abordés sont multiples : l’ingratitude, le pain quotidien, le clivage Nord/Sud (au Congo par exemple), l’abus de pouvoir des chefs, la manipulation du peuple, la loi du plus fort ou du plus rusé, l’obéissance aux parents, l’amour…

Le recueil comporte six contes :

  • Dialogue de sourds

  • J’ai faim !

  • L’éléphant qui voulait maigrir

  • Toungou, le mystique

  • Sila

  • Les moutons qui ne voulaient plus être des moutons

 

Jorus Mabiala, Les Nuits du Conte d’Oran, Editions Le Petit Lecteur, 2012, 70 pages, ouvrage publié avec le soutien de l’ambassade de France à Alger.