Milie Théodora MIERE a eu un parcours qui encouragera plus d’une à ne pas baisser les bras, à ne pas se laisser écraser par la fatalité. La vie peut se montrer parfois bien cruelle, mais si nous passons notre temps à nous morfondre au lieu d’être dans l’action, les choses ne pourront jamais être meilleures. 

 

PHOTO MIERE à Houdan

(Milie Théodora Miere, à la rencontre littéraire autour de la littérature congolaise, organisée à Houdan, fin septembre 2014)

 

C’est l’impression la plus forte, je pense, que l’on ressent à la lecture de Ma Chrysalide est devenue papillon, 20 ans après, livre autobiographique qui ne se présente pas comme les autres. En effet, il retrace la vie de l’auteure, mais ce n’est pas elle la narratrice. L’histoire de l’auteur-personnage est rapportée par un tiers, un proche, qui n’a jamais eu le courage de dévoiler les véritables sentiments qu’il nourrissait à son égard. Cela donne au livre un parfum romanesque qui enchante le lecteur, mais il peut se poser la question de la légitimité du narrateur à rapporter des détails qui auraient peut-être été plus naturels dans la bouche même de l’auteure. 

La fatalité pour Milie Théodora MIERE, c’est d’abord la disparition du père, alors qu'elle a 14 ans, une disparition prématurée qui les a livrés, ses frères et sœurs et elle, ainsi que sa mère,  à la cupidité de la famille qui se précipite souvent, dans ces cas-là, au domicile du défunt pour s’emparer des biens et même de la maison, prête à déloger veuve et orphelins. Heureusement , des amis fidèles, désintéressés, ont apporté leur soutien et Milie-Théodara a pu poursuivre ses études comme cela a toujours été son désir. Ayant eu des parents qui ont mis un point d’honneur a réunir les conditions pour que la scolarité de leurs enfants se passe au mieux, l’auteur a ainsi pu tirer profit des facilités qui semblaient être les siennes à l’école. Elle figurait souvent sur le tableau d’honneur.

Plus que les facilités, Milie-Théodora MIERE est armée d’une volonté inébranlable, grâce à laquelle elle a continué d’avancer dans la vie, même lorsque les circonstances la condamnaient à la désespérance. Le livre apparaît comme l’escalade d’une haute colline, et on voit, chapitre après chapitre, combien l’auteure a bravé chaleur accablante, vent et pluie, fatigue et famine, jusqu’à atteindre, après tous ces efforts, le sommet. Il y a aussi, outre le courage, la volonté, l’abnégation, un facteur chance indéniable, car nombreux auraient souhaité poursuivre leurs études à l’étranger, comme elle, mais n’ayant pas de parent ou ami susceptible de peser favorablement dans la prise de décision, ces rêves de poursuite d’études se sont soldés par un échec. « Connaître quelqu’un qui connaît quelqu’un… », voilà le bon passeport qu’il faut avoir pour se voir ouvrir toutes les portes :

« Au Congo, la règle, c’est le bouche à oreille, quand on rencontre une difficulté, on en parle à Dieu bien sûr, aux prêtres, (…) mais aussi aux voisins, aux collègues, aux frères et sœurs de l’église, peut-être que quelqu’un connaît quelqu’un… qui connaît quelqu’un. A défaut de services publics performants, on peut compter sur l’aide des amis, voisins et autres… Il vaut mieux être recommandé si on veut obtenir satisfaction. »

(Ma Chrysalide est devenue papillon, 20 ans après, page 39) 

 

Couv Chrysalide de Miere

 

Milie Théodora quitte le Congo pour la France, découvre les réalités là-bas, comprend qu’il sera difficile pour elle de s’en sortir si elle ne travaille pas parallèlement, mais en même temps la réussite est rendue plus difficile du fait même de travailler en plus d'étudier… Je n’ai pu m’empêcher de faire un rapprochement avec l’héroïne de Chêne de Bambou.

Une part importante du roman est consacrée à cette vie estudiantine, aux carences de l’Université au Congo, par exemple le manque de documentation, l’absence de services dignes de ce nom.

« Il faut des services de proximité dans les quartiers pour permettre aux jeunes de s’orienter.  Aujourd’hui, les églises de réveil sont les seules à pouvoir aller au service de la population, les services des églises de réveil ou de l’Eglise catholique remplacent les services publics. » (page 41)

 

Milie-Theodora MIERE a connu des hauts et des bas, mais jamais elle n’a perdu de vue ses objectifs. Elle est devenue Maître de Conférences à l’Université de Versailles Saint Quentin, mais elle a aussi beaucoup de projets, notamment en faveur du développement de son pays, le Congo, où elle repart régulièrement et où elle a enseigné aussi. Ce retour au pays natal lui a ouvert les yeux, non seulement sur les potentialités du pays, mais aussi sur l’immense travail à faire pour que ce pays atteigne le stade du développement. Si tous les natifs du Congo étaient dans l’action plutôt que d’être en permanence dans la critique, les choses évolueraient plus vite : « Beaucoup de congolais vivant en France ne prennent pas le temps de découvrir leur pays, ils se contentent de critiquer. » (page 119)

De la matière, il y en a dans ce livre, cependant celui-ci est écrit de manière à laisser transparaître fortement l’hésitation qui a présidé à sa conception. On sent en effet une hésitation entre hommage au père et récit du parcours de l’auteure, hésitation entre récit mené par l’auteure elle-même et récit conduit par un tiers, hésitation entre roman et essai. De nombreux passages en effet apparaissent plus comme des extraits d’un ouvrage scientifique, avec des sous-titres, des tirets etc., une présentation qui sied plus à  l’essai qu’au roman… Je trouve dommage que le style romanesque du début du livre n’ait pas conservé la même teneur jusqu’à la fin.

 

Milie Theodora MIERER, Ma Chrysalide est devenue papipllon, 20 ans après, Editions Edilivre, 2013, 146 pages, 14.50 €