Lorsque la vie vous écorche, vous blesse avec ses échardes qui s’enfoncent bien profondément dans votre chair, il faut savoir trouver le moyen, non de les retirer car souvent c’est impossible, mais d’anesthésier la douleur infligée, afin qu’elle ne vous écrase pas. La littérature, les mots sont pour beaucoup d’excellents remèdes aux maux. Pour Mariel Sigogneau, cela ne fait aucun doute : elle avait une « vie qui s’est arrêtée subitement en octobre 2006 », comme on peut le lire dans le texte introductif à son recueil de  poèmes Les poèmes de petite fée, paru en novembre 2014. Elle ajoute « J’ai quitté cette route qui me faisait mal un jour de juillet par un divorce. […] Mais cette route m’a aussi fait perdre mon travail, ma confiance, ma joie, mes rêves et des gens que j’aimais. » C’est à ce moment-là que l’écriture est apparue comme une évidence : « J’ai rencontré des écrivains qui m’ont fait partager leur passion et qui m’ont transmis le goût de l’écriture. J’en suis ravie car, depuis, des mots de toutes les couleurs sortent de ma tête ».

 

Couv Petite Fée 001

 

C’est ainsi que Mariel Sigogneau est devenue une petite fée, dont la baguette transforme en jolis morceaux de poésie les événements du passé. Elle est en cela en parfait accord avec Alfred de Musset, qui voit la poésie comme une transformation magique : 

Faire une perle d’une larme

Du poète ici-bas voilà la passion

Voilà son bien, sa vie et son ambition

(Alfred de Musset, extrait du poème « Impromptu »)

 

Mariel Sigogneau voit la poésie comme un ensemble de sonorités qui se répondent, qui diluent désespoir, tristesse et déceptions dans une mélodie entraînante. Outre les rimes en fin de vers, ses textes sont riches en assonances et en allitérations. Une musicalité que le texte introductif, intitulé « CV de ma vie », annonce déjà. Extrait :    

« En traversant ma route, un Ange a fait une halte

[…]

Il m’apaise, par sa douceur, il me console dans mes malheurs

Il n’hésite pas à me dire ce qu’il trouve de bien en moi, comme par exemple

Que je suis son petit paradis des îles

Que je suis son nuage sans âge

Que je suis son soleil avec mes jolies ailes

Que je suis sa bricoleuse heureuse et sûrement amoureuse » 

 

La majorité des poèmes commencent par « Petite fée », d’où le titre du recueil : « Les poèmes de petite fée » et ils sont parfois organisés de sorte que l’un fait écho à l’autre, comme le poème « Petite Fée triste », qui est immédiatement suivi de « Petite Fée pleine d’espoir ».

Face au passé et à ses blessures, la petite fée tourne ses regards vers un avenir illuminé par le pouvoir de l'écriture.

 

« Tu mérites le petit don que ta souffrance t’a offert

De tes colères naissent de jolis poèmes en concert,

Comme de doux vers qui s’écoutent en hiver. »

(Extrait de « Toujours des pourquoi », page 86)

 

Le champ lexical de la souffrance est abondant dans le recueil, mais il est contrebalancé par celui de l’espoir et de la joie que prodiguent les enfants et les amis, auxquels Mariel Sigogneau rend hommage dans ce livre. La souffrance, c’est essentiellement celle occasionnée par l’amour trahi, l’amour face auquel la petite fée se demande quelle attitude adopter : la résistance est-elle la meilleure solution ? Doit-on s’interdire d’aimer sous prétexte qu’on a été déçu ?

 

« Tes yeux ne servent pas qu’aux larmes,

Ils sont là aussi pour te redonner du charme

Baisse la garde pour que ton cœur se désarme. »

(Extrait de « Petite Fée veut fuir », page 40)

 

Des poèmes de ce recueil qui semblent autant de réflexions et d’interrogations se dégage une certitude : la vie, non seulement est éphémère, mais elle est aussi un tourbillon, au milieu duquel pourtant il faut construire son bonheur, c’est ce que suggère le poème « Le vol du papillon », page 61 :

« Alors profite petit papillon

Prends ton envol comme un oisillon

Et papillonne dans ce tourbillon ».

 

D’autres sujets sont abordés dans ce livre, c’est ainsi que j’ai pris plaisir à lire des textes comme « Cher livre » ou « Petite chose ».

 

Une vidéo où l'auteur s'exprime sur son livre :

Mariel SIGOGNEAU Nous parle de son premier recueil de poèmes "les Poèmes de Petite Fée

 

Mariel Sigogneau, Les poèmes de Petite Fée, Poésie, Autoédition, novembre 2014, 166 pages, 12 €.