Imya est une petite fille qui vit une enfance heureuse dans un village situé au bord de l'Ogooué, le grand fleuve qui traverse le Gabon. La vie au village est rythmée par diverses activités, les unes réservées aux femmes, les autres aux hommes, auquelles les enfants sont initiés, puisqu'ils sont destinés à prendre la relève. Les connaissances et expériences se transmettent ainsi de génération, et l'équilibre du village est assuré par une organisation rigoureuse, que chacun respecte car il en va de la stabilité et de la paix du village. Chacun est à sa place : il y a le chef Onèro, qui est à la tête du village, il y a Oma le Grand Sage, qui est en quelque sorte le chef spirituel, il y a Ma-Ziza la guérisseuse, qui connaît le secret des plantes aux vertus insoupçonnées et qui est aussi la sage-femme du village... 

Le soir, pour se délasser des activités de la journée, on passe ensemble des moments de détente : danse au son du tam-tam par exemple ou, pour enchanter les rêves des enfants, on se retrouve autour d'Ikamba, le conteur. Cependant ce dernier sent l'inspiration l'abandonner. Son jeune public prend de plus en plus plaisir à écouter plutôt Imya, qui se révèle une merveilleuse conteuse. Comment Ikamba va-t-il réagir à cette concurrence ?

 

COUV Imya

 

 

Bref, chanter l'Afrique ancestrale : sa beauté, sa magie, ses mystères, ses croyances... telle semble être la volonté de l'auteur en proposant cette belle oeuvre pour la jeunesse. Mais cette Afrique-là n'est déjà plus qu'un souvenir, car l'exode rural, les exigences de la modernité qui se font bien souvent au détriment du respect et de la préservation de la nature, et bien d'autres maux ont détruit cette Afrique. Le grand arbre qui se dresse au milieu de village, cet okoumé majestueux, témoin de l'histoire, en sait long. Il pourrait raconter "la vie qui avait défilé devant lui au fil des ans." "Il avait vu les négriers venir de loin et embarquer des esclaves." "Il avait entendu les bulldozers venus dépouiller la forêt". (page 9)

Si de nombreux villages ont disparu aujourd'hui, il nous revient au moins de ne pas laisser disparaître cet héritage précieux que constituent les récits, les contes tout pleins de sagesse... : une littérature orale dont Edna Merey-Apinda souligne la richesse et la diversité dans son livre.

Les croyances d'antan sont-elles bonnes à jeter, à fouler aux pieds ? Doivent-elles être considérées comme de simples superstitions ? Dans chaque civilisation, les croyances ont joué un rôle primordial dans l'équilibre de la nature et de la société.   

 

Extrait :

"Pendant ce temps, non loin du village, les génies s'affairaient. Eréré l'esprit des grands arbres se faufilait dans la végétation pour constater l'état de la forêt. Pour chaque arbre coupé, les hommes devaient en planter un. Eréré après examen se montra satisfait. Il vint faire son rapport aux autres génies. Il y avait Owongo la déesse de la fertilité, qui avait sondé la terre des plantations pour savoir si elle était bien nourrie.Il y avait à leurs côtés Mamiwata la déesse de l'eau. Elle fit son rapport sur l'état de la faune aquatique. Si jamais elle estimait que les hommes avaient pris trop de poissons, elle les sanctionnait. Il lui suffisait pour cela de capturer tous les poissons et de les garder dans un endroit secret. Elle faisaitcela pour que les poissons puissent se reproduire en paix. Les hommes, pendant ce temps, étaient privés de pêche."

(Les aventures d'Imya, petite fille du Gabon, page 26.)

Voici un petit livre qui ravira les lecteurs. Pourquoi ne pas l'offrir aux enfants, neveux, nièces, cousins et cousines de notre entourage... ? En plus Noël approche ! 

Le seul regret que je puis émettre, c'est de ne pas retrouver à l'intérieur du livre des illustrations en couleur à l'image de celle de la couverture, qui rend bien la vivacité d'esprit, la joie de vivre et la générosité de la petite Imya. Il faudra se contenter du noir et blanc ! 

Photo Edna

Edna Merey-Apinda, belle plume du Gabon.

 

Edna Merey-Apinda, Les aventures d'Imya, petite fille du Gabon, Editions L'Harmattan, collection Jeunesse, 2004, 82 pages, 12 €.