Première pièce théâtre de Yvon Wilfride Lewa-Let-Mandah, Mon patron n’est pourtant pas un blanc met en scène un jeune homme qui rentre au pays après un long séjour en France où il a mené à bien ses études. De retour au pays natal, il compte mener une vie aisée, d'autant plus qu'il est à la tête de plusieurs entreprises qui lui rapportent des revenus importants.

Cependant, cette aisance financière lui fait oublier et même renier ses origines. Lambert Mbuata ne se considère plus comme un Congolais. Dans sa tête, il se voit comme un Blanc. Il a même changé de patronyme et se fait désormais appeler Lambert Dupond de Marseille ! Les valeurs que sont l’amour et le respect de ses père et mère, de sa famille en général, de l’autre tout simplement… tout cela n’a plus de place dans sa nouvelle existence qu’il entend rendre semblable point pour point à celle des Blancs ; encore qu’il n’a retenu des Blancs que les clichés communément répandus.

 

Cou Lewa let Mandah 001

 

Ce livre montre en effet combien notre perception de l’autre, qu’il soit d’une autre couleur de peau, d’une autre région, etc., passe beaucoup par les préjugés, et il y en a autant qu’on le souhaite dans cette pièce, sur les Blancs comme sur les Noirs.

En tant que nouveau parvenu, Lambert se croit autorisé à regarder de haut et à rabrouer tous ceux qui l’entourent, et son domestique est le premier à subir au quotidien ses manières hautaines et désagréables. La seule personne que Lambert adule, c’est son épouse, Agata, et on comprend pourquoi : elle est blanche, c’est sa « marquise de France » ! Elle doit le rejoindre sous peu avec le reste de leurs économies. Mais les choses ne se déroulent pas comme prévu.

Cette pièce de théâtre est une invitation à ne pas oublier là d’où l’on vient, à ne pas se prendre pour ce qu’on n’est pas. "Quelles que soient la quantité et la qualité d'engrais qu'on peut apporter à un baobab, celui-ci ne produira jamais des raisins." Il faut avoir conscience que le vent peut tourner et que, si on ne peut pas toujours compter sur ses biens, qui sont périssables, on doit pouvoir toujours compter sur ses proches, amis ou parents, sur les relations qu’on peut avoir : voilà le bien le plus précieux ! C'est pourquoi, fort du soutien d'Ichorias, son ami, Ngayole, le domestique, devient fort, tandis que le patron perd tout, même la considération de ceux qui tremblaient devant lui.

 

Yvon Lewa-Let-Mandah est un ancien camarade du club Autopsie, une association de jeunes amoureux de la littérature, qui aiguisaient leurs armes littéraires sous le regard avisé de Léopold Pindy-Mamonsono, journaliste, animateur culturel, éditeur, auteur et président des écrivains congolais pendant de longues années. La pièce est d’ailleurs dédiée « à tous les Autopsiens », c’est-à-dire à tous les membres du club Autopsie. J’ai eu l’agréable surprise de le retrouver au salon du livre de Paris, en mars dernier. On ne s’étonne pas de ce que nous sommes devenus.

LISS et LEWA LET MANDAH

 (Liss et Yvon au salon du livre de Paris 2016)

Yvon Wilfriede Lewa-Let-Mandah, Mon patron n’est pourtant pas un Blanc, théâtre, Editions LMI, 2003, 68 pages.