Elle a à peine plus de 20 ans et, déjà, elle est habitée par ce désir impérieux de penser le monde, d'exprimer les sentiments et les émotions que lui inspire le monde comme il va. Karolyn Kouakap livre son regard sur le monde dans « Cogito », un recueil de poésie publié aux Editions Edilivre. La réflexion philosophique n'est pas l'apanage des têtes chenues. Karolyn Kouakap a bien voulu répondre à nos questions.

  

 

 

En lisant votre titre, on pense forcément au « cogito ergo sum » du philosophe Descartes, qui disait « Je pense, donc je suis ». Pourquoi ce titre ? Est-ce une manière pour vous d'ancrer résolument votre poésie dans la philosophie ?

Le titre Cogito est une manière d'affirmer la culture philosophique que j'ai reçue jusque-là, de faire savoir d'entrée de jeu qu'il s'agit plus d'une réflexion que d'une simple beauté des mots. 

 

Vous vous intéressez dans votre livre aux maux qui font que la vie sur terre est de plus en plus précaire, et il ne s'agit pas seulement des catastrophes naturelles ou des calamités comme les maladies. Vous mettez surtout l'accent sur l'humanité qui se détruit elle-même, avec les guerres, la pollution, la déforestation, etc. Mais le mal qui revient avec insistance au fil des poèmes, c'est celui des guerres. Est-ce celui, à votre avis, contre lequel l'homme semble impuissant ?

 

Les sociétés actuelles sont caractérisées par le conflit, ce qui engendre des guerres face auxquelles nous semblons effectivement impuissants. Les maux tels que les catastrophes naturelles surviennent indépendamment de nous, mais les guerres, ce sont les hommes qui les engendrent et ils en sont les responsables.

 

COUV Kouakap

Même si toute l'humanité est touchée par les maux que vous décrivez, l'Afrique semble le continent le plus accablé par les calamités : Sida, Ebola, Choléra… On pourrait peut-être rajouter régimes politiques qui laissent mourir les citoyens à petit feu, qui asphyxient les compétences ? Quel est votre regard sur l'Afrique aujourd'hui ?

Ma vision de l'Afrique aujourd'hui se résume dans le poème "La jeune fille courtisée" ; où je compare l'Afrique à une belle demoiselle qui n'a pas encore pris conscience de ses capacités et du fait qu'elle est capable de s'affirmer, de s'autogérer, au lieu de se laisser entretenir et déterminer par ses prétendants...

 

Vous dites dès l'ouverture de votre recueil : «J'écris peut-être pas pour changer le cours de la vie / Mais pour redonner vie à ce qui périt » Qu'est-ce qui périt dans le monde, actuellement ? Qu'est-ce qu'on avait et qu'on n'a plus ?

Une chose est certaine, il y'a des maux qui ont toujours sévi dans le monde. Mais aujourd'hui plus que jamais, on a le sentiment que l'humanité va à sa perte. Avec le concept de surhomme de Nietzsche, on assiste à une amélioration, bien plus un dépassement de l'humanité qui peut, cependant, nous faire perdre ce qu'il y'a d'essentiel en l'humain.

 

« Sans mes vers je me perds », dites-vous également. Que représente la poésie, et au-delà la littérature pour vous ? Quelle place occupe-t-elle dans votre vie ?

Je dirais, comme Descartes, que je suis un être dont toute l'essence est de penser, la poésie fait partie de moi, c'est une identité !

 

Vous évoquez le terrorisme, les guerres faites au nom de la religion, et vous déclarez : « Ne me parlez plus de chrétiens ou encore de musulmans ». Finalement, pour vous qui vous intéressez à la philosophie, l'homme aurait-il été plus heureux sans les religions ?

Il faut dire ici qu'au-delà de la philosophie, je suis une chrétienne engagée et je pense que l'homme a besoin de "croire". Seulement, je suis offusquée par ces croyances qui prônent autre chose que l'amour. C'est pourquoi je brandis la tolérance comme maître-mot au milieu de toutes ces croyances.

 

Vous interpellez également la femme, et dans l'un des poèmes vous comparez la femme d'aujourd'hui, qui selon vous est plus sereine et plus forte, à la femme d'hier. Qu'est-ce qui a changé selon vous ?

Concernant la femme, je pense que son statut et ses conditions actuels ne sont pas les mêmes qu'hier. Particulièrement en Afrique, la femme n'avait pour tâche que de prendre soin de son foyer. Or, aujourd'hui, elle doit s'affirmer par son travail, en plus de la maison dont elle doit prendre soin. Raison pour laquelle je la qualifie de femme forte, celle qui parvient à allier travail et foyer.

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Un dernier mot ? Avez-vous d'autres projets de publication en cours ?

Oui, j’ai d’autres projets d'écriture, je souhaiterais publier également dans un autre genre, notamment la nouvelle. Mais ma préoccupation actuelle est d’assurer la promotion de mon recueil de poésie "Cogito".

 

Propos recueillis par Liss Kihindou.

 

Karolyn Kouakap, Cogito, Poésie, Editions Edilivre, 2015.

 

Karolyn Kouakap, de son vrai nom Payong Kouakap Caroline Flore, est née en 1993 à Yaoundé, au Cameroun. Elle est titulaire d'une Licence en Philosophie.