Il y a des romans que l'on relit avec un plaisir toujours renouvelé. Cela tient sans doute du fait que l'on se sent "connecté" avec l'auteur, on a l'impression d'avoir une conversation des plus agréables avec lui.

J'ai toujours mon crayon en main lorsque je lis, pour souligner les passages que j'aimerais retrouver ultrieurement, sans avoir besoin de relire tout le livre. Je me constitue ainsi des "morceaux choisis" que je grignote au gré de mes petites fringales. Ce sont ces morceaux choisis que je vais vous présenter, et non une critique du roman. Les numéros de page correspondent à ceux de l'édition de poche.

 

DIOME Atlantique 3

 

"L'écriture est ma marmite de sorcière, la nuit je mijote des rêves trop durs à cuire." (p. 14)

"(Le) match au score insatisfaisant ressemble à la vie : les meilleurs buts sont toujours ceux à venir, seulement il est pénible de les attendre." (p. 22)

 

"La qualité de la victoire se mesure à la valeur de l'adversaire." (p. 23) 

Cette citation me fait penser au Cid de Corneille : "A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire."  

 

"Le tiers-monde ne peut voir les plaies de l'Europe, les siennes l'aveuglent ; il ne peut entendre son cri, le sien l'assourdit." (p. 44)

 

"Le sang oublie souvent son devoir, mais jamais son droit". (p. 44)

 

"Dans le désert, on peut toujours tomber sur une oasis." (p. 56-57)

 

"Le secret est un lait sur le feu, il finit par se répandre si on n'y prend pas garde." (p. 58)

 

"Si les mots sont capables de déclarer une guerre, ils sont aussi assez puissants pour la gagner." (p. 79)

 

"Montrez-moi un passionné qui se rend compte que son hobby bassine ses interlocuteurs. (...) Un cheval n'entend pas le bruit de son galop. Seul l'oeil d'autrui détecte ce bout de morve sèche qui nous pend dunez, ce résidu d'aliment à la commissure des lèvres, cette bouche qui pue, ce brushing raté, cette tenue mal assortie, cette manie de couper la parole, de postillonner, de geindre pour un rien et de s'exalter de tout, bref, seul autrui voit ce truc qu'on a de travers et qui empêche d'être un ange." (p. 81-82)

 

"Les idées sont des graines de lotus, elles ne dorment que pour mieux pousser." (p. 129)

 

"Enracinée partout, exilée tout le temps, je suis chez moi là où l'Afrique et l'Europe perdent leur orgueil et se contentent de s'additionner : sur une page, pleine de l'alliage qu'elles m'ont légué." (p. 181-182)

 

"Vaut-il mieux être un enfant avec des rêves et devenir un adulte qui sait gérer ses désillussions, ou être un enfant sans rêves et devenir un adulte agréablement surpris par ses succès occasionnels ?" (p. 189)

 

"La liberté totale, l'autonomie absolue que nous réclamons, lorsqu'elle a fini de flatter notre ego, de nous prouver notre capacité à nous assumer, révèle enfin une souffrance aussi pesante que toutes les dépendances évitées : la solitude. Que signifie la liberté, sinon le néant, quand elle n'est plus relative à autrui ?" (p. 190)

 

"Il n'y a pas de vieillards, il n'y a que de vénérables phares." (p. 190)

 

"En compétition, le pacifisme d'un grand sportif égale la chasteté d'une péripatéticienne." (p. 219)  

 

"Partir, c'est avoir tous les courages pour aller accoucher de soi-mê, naître de soi étant la plus légitime des naissances." (p. 226-227)

 

"L'écriture m'offre un sourire maternel complice, car, libre, j'écris pour dire et faire tout ce que ma mère n'a pas osé dire et faire." (p. 227)

"Etre hybride, l'Afrique et l'Europe se demandent, perplexes, quel bout de moi leur appartient. Je suis l'enfant présenté au sabre du roi Salomon pour le juste partage. Exilée en permanence, je passe mes nuits à souder les rails qui mènent à l'identité. L'écriture est la cire chaude que je coule entre les sillons creusés par les bâtisseurs de cloisons des deux bords. Je suis cette chéloïde qui pousse là où les hommes, en traçant leurs frontières, ont blessé la terre de Dieu." (p. 254) 

 

Enfin cette phrase qui ponctue le roman : "Chaque miette de vie doit servir à conquérir la dignité !"

 

Diome

 

  Fatou Diome, Le Ventre L'Atlantique, Le Livre de Poche, Editions Anne Carrière. Première publication : 2003.