Pour comprendre le monde aujourd'hui, il faut remonter le cours de l'histoire, découvrir ou redécouvrir comment la machine de l'histoire s'est mise en branle pour tracer une ligne qui changera à jamais la face du monde. Le chapitre de la rencontre entre l'Occident et l'Afrique s'est fait dans la douleur, la violence, le mépris ou plutôt le déni de l'humanité de l'homme noir... et ce chapitre n'est pas encore clos (le sera-t-il jamais ?) Au contraire, il continue à avoir des rebondissements, au vu du regard porté sur les Noirs, aujourd'hui encore, où qu'ils vivent, sur quelque continent qu'ils résident. Les idées reçues sur les Noirs sont nombreuses, surtout à propos de l'esclavage : ce sont les Africains eux-mêmes qui ont vendu leurs frères, en échange de pacotille, les véritables responsables de la traite ou les vrais coupables, c'est eux ; les Noirs ont accepté avec servilité leur condition d'esclaves, ils n'ont jamais opposé de résistance ferme, de toutes façons ils ne sont pas suffisamment intelligents pour organiser une révolte efficace ; il est facile de les manipuler, d'autant plus qu'ils sont superstitieux ; les Noirs sont nés pour servir les autres... De toutes ces idées reçues découle l'idée plus ou moins consciente que les Noirs constituent la catégorie la moins estimable de l'humanité, par conséquent le traitement qui leur est réservé émeut moins que s'il s'était agi de personnes d'une autre couleur. Comment en est-on arrivé là ? 

 

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(L'équipe de la France Noire n'en est pas à son premier établissement, et il y a d'autres réservations pour cette année 2018, année du 170e anniversaire de commémoration de l'abolition de l'esclavage en France). 

 

Il existe aujourd'hui de nombreux livres, essais et fictions réunis, écrits par des hommes animés par la volonté de dire l'histoire, toute l'histoire, sans faire de coupe qui arrangerait les uns au détriment des autres. Il ne s'agit pas de justifier ou de condamner mais de dire les faits, tout simplement. Savoir d'où on est parti, comment les choses ont évolué, permet de comprendre où l'on est aujourd'hui. Et peut-être avoir une autre perception des choses, moins nourrie d'idées reçues. Seulement, tout le monde ne lira pas ces livres, surtout lorsque ce sont des essais. Un certain nombre de jeunes ne veulent déjà pas entendre parler de livres à lire, alors si ce sont des essais, parfois de niveau universitaire, on peut être sûr qu'ils ne manifesteront aucun enthousiasme à ouvrir ces livres, même si le sujet peut les intéresser. Et cela vaut aussi pour les adultes. Alors, comment engager le débat ? comment sensibiliser les jeunes sur ce sujet, sans qu'ils n'aient pour autant l'impression que cela va leur prendre du temps, sans qu'il ne soit question d'ouvrir un livre ? L'association La France Noire a réfléchi à la question et propose une exposition qui retrace l'histoire de l'esclavage, tout en soulignant les résistances africaines à la traite ainsi que leurs luttes pour gagner la liberté, chose que ne relèvent pratiquement jamais les manuels scolaires. Des figures comme Solitude ou Louis Delgrès ne sont jamais enseignées à l'école, elles contreviennent à l'idée du Noir soumis que l'on préfère laisser se perpétuer dans la mémoire collective. Cette exposition itinérante est prêtée aux établissements scolaires (collèges et lycées) qui le souhaitent, pour la journée ou pour la semaine, avec la possibilité d'avoir un échange constructif et instructif, après la lecture des panneaux. 

 

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(Quelques élèves de 4e Martin Luther King saisis par les images parfois choquantes)

Je n'ai pas résisté à l'envie de faire venir cette exposition dans mon collège, d'autant plus que, depuis plusieurs années maintenant nous travaillons en équipe sur cette thématique, au programme en classe de 4e. Les élèves voient concrètement que les disciplines ne sont pas cloisonnées et que l'on peut étudier l'histoire, aussi bien en cours d'histoire-géo qu'en français ou en langue étrangère. Lorsque le gouvernement sous la présidence de François Hollande a réfléchi sur la Réforme, mettant notamment en place les EPI (Enseignements Pratiques Interdisciplinaires) pour mettre l'accent sur l'interdisciplinarité, nous avons souri au collège Saint-Grégoire, car nous n'avions pas attendu la Réforme pour travailler en équipe. Et c'est une équipe qui fonctionne bien, qui soutient les idées et projets les uns des autres.

 

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 (Ces élèves sont accompagnés de leur professeur. Attention aux bavardages !)

 

Le projet d'accueillir l'exposition itinérante "Les résistances africaines à la traite et les luttes des esclaves pour leur liberté dans les Amériques" a été accueilli avec enthousiasme et tout a été mis en oeuvre pour que nos élèves profite de cette exposition. Ils se sont montrés attentifs, ont posé des questions aux intervenants, des questions qui traduisaient leur sensibilité. La France est à l'image d'une salle de classe : tout le monde n'a pas la même couleur de peau, tout le monde ne partage pas les mêmes origines : mais nous avons un pays en commun, une histoire en commun, une histoire qui doit être enseignée, sue, pour apprendre à mieux vivre ensemble. Pour sensibiliser les élèves, nous, enseignants, n'hésitons pas à proposer des lectures qui éveillent leur esprit critique et élargit leur connaissance de l'histoire. 

 

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(Raphaël Adjobi en pleine action, et les élèves l'écoutent avec intérêt, Françoise le soutient de sa présence)

 

Ce vendredi 16 février 2018, nous avons eu l'occasion d'évoquer, avec les responsables de l'association La France Noire, les différentes lectures proposées à nos élèves. Par exemple, l'an dernier, nous avions proposé l'étude de La Controverse de Valladolid, de Jean-Claude Carrière, aux élèves de 4e. 

" - En bien, cette année, nous avons fait lire à nos élèves de Terminale Cannibale de Didier Daeninckx", ont déclaré les deux enseignantes ayant en charge les classes de terminale du lycée professionnel Blanche de Castille, Madame Mahier et Madame Lorenzo.

- Cannibale ? a renchéri Raphaël Adjobi, président de La France Noire, ce livre est essentiel pour moi : C'est de la lecture de Cannibale qu'est née l'idée de cette exposition autour de l'esclavage. 

 

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(Les animateurs de l'exposition encadrés par trois enseignantes du groupe scolaire Saint-Grégoire Blanche de Castille)

 

Une autre enseignante du lycée professionnelle, Madame Fougère, avait abordé le thème de l'immigration avec ses élèves, et la visite de l'exposition s'imposait pour elle comme une belle occasion de prolonger le cours. Hier les bateaux négriers. Aujourd'hui les bateaux de migrants. Dans les deux cas la méditerrannée comme cercueil pour un grand nombre d'entre eux. L'histoire continue de s'écrire en lettres rouge sang.

 

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(Les responsables de l'association La France Noire avec Arlette, venue couvrir l'événement pour le compte d'un journal local)

 

Si vous souhaitez profiter de cette exposition sur l'histoire de l'esclavage, vous trouverez toutes les informations en visitant le blog de l'association, qui a aussi publié un article sur l'exposition à Pithiviers. Découvrir l'article ici

 

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(Raphaël Adjobi et Liss Kihindou, deux enseignants, deux blogueurs qui prolongent leur action dans le domaine associatif.)

Article La République du Centre 001

L'article du qotidien "La République du Centre", édition du mardi 20 février 2018.

Article Le Courrier du Loiret 001

Article de l'hebdomadaire "Le Courrier du Loiret", édition du 22 février 2018.