Nouvelles, poésies et contes composent l'Anthologie Ecrire à Pointe-Noire, qui a été coordonnée par Gabriel Mwènè Okoundji et Caya Makhélé. "Cette anthologie est le fruit d'une rencontre au sein de la phratrie congolaise. Pour qui prend la route, la terre natale demeure une borne, à égale distance entre le rêve et la vie", peut-on lire dès les premières lignes de l'introduction signée par Gabriel Okoundji. "Mettre en commun, au-delà des clivages des genres, les témoignages que portent sur leur pays et leur environnement les écrivains, les poètes et les conteurs vivant sur le sol de Pointe-Noire". Cet autre extrait de l'anthologie résume bien le projet de publication de ce livre qui a connu la contribution de vingt auteurs dont quatre femmes seulement, ce qui témoigne que, même si la présence des femmes dans l'espace littéraire congolais s'est affermie au cours des décennies, comme je le déclare dans mon article "60 ans après les femmes du Congo Brazzaville s'affirment sur la scène littéraire", publié dans le magazine AMINA en novembre 2013", elle demeure marginale par rapport au nombre d'écrivains masculins.

[Relire l'article en allant en bas de la page référencée sur le site "Lire les femmes écrivains et les littératures africaines", dans les archives AMINA : cliquer ICI ]

 

 

COUV Ecrire à Pointe-Noire 001

 

 

Les noms des contributeurs apparaissent sur la première de couverture et l'on peut voir tout de suite que l'ordre d'apparition n'est pas chronologique. Autrement dit le fait que Mambou Aimée Gnali figure en tête de liste n'est pas anodin, cela témoigne sans doute de la volonté, non seulement de faire honneur aux femmes, mais aussi de montrer que les anciens côtoient les jeunes dans ce recueil dans lequel certains publient même pour la première fois. 

Les thèmes abordés sont divers et variés, à l'image de la vie, avec ses ombres et ses lumières, ses petiteses et ses grandeurs : la relation de couple, les difficultés économiques, la corruption, les traditions, le tourisme, les conséquences de la guerre, la responsabilité parentale...

Ce livre dit le Congo. Je trouve d'ailleurs que la nouvelle d'Alphonse Chardin N'Kala a une valeur symbolique. Intitulée "Demain nous célébrons notre indépendance", elle associe subtilement l'indépendance du pays à l'indépendance de la femme. En effet à la veille de la fête nationale, le narrateur dresse un bilan de la situation du pays, un bilan qui n'est pas du tout réjouissant. Le pays est en crise, le narrateur n'a pas de travail, il est sans le sou, mais il a néanmoins une petite amie. Seulement celle-ci décide de le quitter le jour-même de la fête d'indépendance, une manière pour elle de montrer qu'elle était indépendante et qu'elle prenait la liberté de le quitter étant donné qu'il n'était pas capable de subvenir à ses besoins. Mais l'indépendance, pour une femme, est-ce de choisir avec qui elle sort et pendant combien de temps ? Sans doute, mais la véritable indépendance, ne serait-ce pas plutôt d'avoir ses propres moyens, de ne pas être obligée de compter sur un petit ami pour satisfaire ses menus besoins ? Il y a comme de l'ironie de la part de l'auteur envers cette jeune femme qui se déclare indépendante mais qui en réalité ne l'est pas puisque son avenir repose entre les mains de l'homme.

Et l'on peut faire le parallèle avec le Congo, avec ces pays d'Afrique qui célèbrent leur indépendance depuis plusieurs décennies, mais que les anciennes puissances coloniales tiennent encore fermement entre leurs mains voraces. 

L'Afrique de demain sera-t-elle à l'image de l'Afrique d'aujourd'hui ?

Après l'Anthologie des 60 ans de la littérature congolaise (1953-2013), publiée aux Editions L'Harmattan en 2015, avec 26 auteurs, voici une deuxième anthologie réunissant des auteurs du Congo-Brazzaville. 

 

Ecrire à Pointe-Noire, Anthologie, sous la direction de Gabriel Mwènè Okoundji et Caya Makhélé, Editions ACORIA, 2017, 18 €, 196 pages.