Avec Honorables intentions, Fabiola Chenet confirme son talent de romancière. Après sa trilogie sentimentale Le prix du pardon, qui l’a fait remarquer, notamment avec le titre Passion et conséquences, Fabiola Chenet nous tient de nouveau en haleine avec ce nouveau roman qui a l’avantage d’avoir une dimension historique. Outre l’innovation et les facilités apportées par le développement de la technologie, l’évolution de la société et de la conception de la famille, l’auteure montre aussi et surtout combien les femmes ont dû faire preuve d’audace, de courage et de ténacité pour conquérir des droits.

COUV Honorables intentions 001

Fabiola Chenet a bien voulu répondre à quelques questions sur son roman. 

 

INTERVIEW

 

L’intrigue de votre roman commence en 1864. Pourquoi cette date ?

Je voulais une date qui corresponde à cette phrase : « La capitale était irrévocablement en train de changer. » (chapitre 4) Je voulais une date synonyme de grands changements, particulièrement au niveau social. Lorsque j'ai fait des recherches politiques à ce sujet, je suis tombée sur William Ewart Gladstone et son rôle dans la société au moment où il devient Premier ministre. C’était exactement ce dont j’avais besoin et j'ai placé le cadre quelques mois après son élection.

 

Votre roman raconte l’histoire de deux sœurs extrêmement différentes, physiquement aussi bien que moralement, mais celle qui réussit est finalement celle qui était ignorée de tous, en particulier des parents. Le destin est-il une affaire de chance ou la conséquence de nos actes ?

Les deux. Une question de chance puisque dans mon livre, Kate n'a pas eu la chance de naître et de grandir auprès de parents qui l'aiment. Toutefois, elle prend son destin en mains quand elle réalise les opportunités qui s'offrent à elle en tant que personne délaissée. Je voulais faire passer un certain message concernant l'utilité de ne pas se complaire dans sa souffrance ou sa solitude. Pour tout un chacun, il y aura toujours quelque chose qui nous fait aller de l'avant, il suffit de le trouver. Mais si on n'ouvre pas les yeux, cela ne peut pas marcher.

 

La souffrance de Kate, votre héroïne, qui a dû surmonter le désamour de ses parents, est très palpable et va crescendo dans le roman. Celui-ci peut-il être lu comme une invitation à ne pas délibérément miser sur tel enfant plutôt que tel autre ?

Complètement. C'est super quand on fait partie d'une famille où tout le monde s'aime et/ou s'entend très bien. Mais cela arrive plus souvent qu'on ne le croit qu'un enfant soit délaissé au profit d'un autre. Il ne faut vraiment pas privilégier l'un ou l'autre de ses enfants. Ils sont sensibles et même si parfois ils ne le montrent pas, cela influence leur avenir.  

 

Photo Liss et Fabiola Chenet

(Liss et Fabiola Chenet, en décembre 2017)

 

Vous montrez dans votre roman combien les femmes, il y a un siècle à peine, devaient parfois user de subterfuges pour pouvoir mener à bien leurs projets. Kate paie un comédien pour qu’il se fasse passer pour le patron, alors que c’est elle la patronne. Une femme à la tête d’une grande institution, une femme chef d’entreprise tout simplement, c’était impensable à l’époque, mais ça reste au XXIème siècle quelque chose de particulier au lieu d’être un phénomène généralisé, et même ordinaire. La femme doit-elle continuer à se battre pour qu’on lui confie des responsabilités ?

Beaucoup de choses ont évolué mais la femme a clairement encore du chemin devant elle pour être pleinement acceptée dans un rôle à responsabilité. Contrairement à un homme, elle doit constamment faire ses preuves et montrer qu'elle mérite sa place. Je dirais qu'on pourra crier victoire le jour où une femme ne sera pas obligée de se montrer encore plus dure envers les autres pour montrer qu'elle n'est pas là pour rien. Ou qu'une députée arrivant en robe à fleurs à l'Assemblée Nationale ne se fera plus siffler par ses pairs masculins.

 

Finalement, ce qui freine l’évolution des mentalités, c’est peut-être le sentiment de ‘‘supériorité’’ que l’on associe, à tort, à certaines fonctions. Le compagnon de Kate n’est pas refroidi par le fait que celle-ci possède bien plus de connaissances que lui. Pour lui, ce n’est pas ce qui va déterminer l’équilibre du couple. Cela paraît déjà très avant-gardiste comme position, alors qu’aujourd’hui encore on déconseille aux femmes de faire de trop longues études au risque de ne pas trouver un mari… Comment concevez-vous l’égalité hommes-femmes ?

On ne déconseille pas aux femmes de faire de trop longues études, n’est-ce pas ? (rires) Mais très subtilement on lui fait comprendre, par des remarques avisées, que son horloge biologique tourne. Encore aujourd'hui, certaines se sentent oppressées quand on leur fait comprendre qu'il est temps de se marier et/ou d'avoir des enfants. L'homme n'est pas soumis à la même pression. C'est en effet une forme d'inégalité homme-femme. De manière générale, toute femme a droit au respect et aux mêmes droits que les hommes.

 

Vous avez commencé votre carrière littéraire par la publication de livres exclusivement disponibles en format électronique. Aujourd’hui vous publiez pour la première fois en format papier. Qu’est-ce qui a motivé ce changement de support ?

Toute personne qui souhaite écrire un roman rêve un jour de le voir dans toutes les librairies et en livre papier. Le numérique est une excellente opportunité pour commencer à se faire connaître et c'est pour cette raison que je n'ai pas hésité à me lancer dans l'aventure quand il a fait son apparition. Mais je savais qu'un jour je voudrais tenter une publication papier, ce que j'ai d’abord fait en autoédition. Mais rien ne remplace une publication traditionnelle et c’était mon but ultime. Il me fallait trouver l'éditeur avec qui je souhaitais vraiment travailler. Je suis donc plus que ravie de voir mon rêve ultime se réaliser grâce aux éditions Diva Romance.

 

Un dernier mot ?

J'espère que vous passerez un bon moment avec Honorables intentions, c'est un roman que j'ai commencé en 2013 et que j'ai terminé en 2017. Je suis vraiment très fière de son parcours jusqu'à la publication finale.

 

Propos recueillis par Liss Kihindou.