Interview de Nathasha Pemba, auteur du recueil de nouvelles Les Passants de Québec, publiée dans le magazine AMINA N°580 de septembre 2018.

 

Dans ce recueil de six nouvelles, Nathasha Pemba propose des réflexions qui traduisent le regard d’une auteure sur la société qui l’entoure. Elles traduisent en particulier son intérêt pour les relations entre les hommes, que ce soit au sein de la cellule familiale, dans le milieu professionnel, entre voisins ou encore entre deux inconnus qui se rencontrent dans un lieu public et qui engagent la conversation. Quel est notre rapport à l’autre ?

 

Couv Passants Québec

 

Alors que votre précédent recueil de nouvelles, « Polygamiques », était résolument planté en Afrique, pour ne pas dire au Congo, celui-ci se tourne vers le Canada, comme le suggère le titre, « Les passants de Québec », avec des personnages aussi bien occidentaux qu’Africains. Que représente cette ville pour vous ? Pourquoi Québec ?

Je suis venue à Québec dans le cadre de la cotutelle de ma thèse de Doctorat. J’en suis tombée amoureuse. En réalité, je suis une personne solitaire sans pourtant être asociale, et Québec correspond beaucoup à ma nature. Ce recueil est en quelque sorte un chant de reconnaissance à la ville de Québec et à tous mes amis qui y vivent.

 

Vous abordez différents thèmes dans vos nouvelles. Dans la première, intitulée « Les passants de Québec », vous vous intéressez à la question du féminisme. « J’ai toujours préféré le féminisme light et inclusif au féminisme radical, rebelle et tranchant », peut-on lire page 17. Pouvez-vous expliquer la différence entre les deux postures ?

Le féminisme radical selon moi est ce féminisme qui considère l’homme masculin comme un danger et considère l’oppression des femmes comme une construction sociale. Et le féminise light pour moi c’est le féminisme qui considère que les hommes et les femmes ont des droits. Il met en avant le principe de féminité consubstantiel à la femme et tient au respect de la personne humaine.

 

Dans « Il faut de tout pour faire un monde », vous évoquez le phénomène des réseaux sociaux. Partagez-vous l’opinion de la narratrice qui déclare que ceux-ci veulent ‘‘créer du vivre-ensemble’’ ?

J’aime beaucoup l’expression « réseau social » parce que c’est dans son essence même d’être le lieu du tissement des liens entre les individus d’univers divers. C’est, à mon sens, un lieu de rencontre et de partage, donc un lieu du Vivre-ensemble, quoique virtuel. Je partage totalement l’avis de la narratrice.

 

Cependant on ne sait pas toujours véritablement qui se cache derrière un pseudonyme, et votre nouvelle présente une chute intéressante. Accorderiez-vous à vos enfants le droit de se créer un profil par exemple sur Facebook et accepteriez-vous de faire partie de leurs ‘‘amis’’ ?

Je n’ai pas d’enfants. C’est une expérience que je ne connais pas. Cependant si j’étais parent, je n’y verrais pas d’inconvénient. Je suis une fan des réseaux sociaux, mais je suis convaincue que le tout est dans l’équilibre de la gestion, un peu comme avec l’alcool ou encore la politique. Il faut toujours une discipline dans la vie.

 

Vous mettez en scène dans vos nouvelles différentes rencontres, diriez-vous que c’est la vie, le hasard ou alors le destin qui organise ces rencontres qui changent parfois nos vies ou tout simplement notre façon de voir les choses ?

Question ambigüe ! A priori je ne suis pas une déterministe, donc le hasard est à écarter. Disons la vie ! Mais il y a aussi notre perception de tout ce qui existe.

 

Vous venez de soutenir une thèse de Doctorat en philosophie, quels sont vos projets professionnels, en dehors de l’écriture ?

Avant de commencer ma thèse, j’ai eu une vie. Je suis Enseignante de carrière. J’ai enseigné la philosophie au lycée, au Grand-séminaire Émile Biayenda et j’ai donné des séminaires à l’Institut Catholique des Arts et Métiers de l’Université Catholique d’Afrique centrale. C’est vrai que dans le cadre de mon association, je pense monter deux types de bibliothèque. Une première, spécialisée en philosophie, à Brazzaville et une deuxième ouverte à tout le monde à Pointe-Noire. C’est encore un projet, mais bon, on verra.

Merci.

Propos recueillis par Liss Kihindou.

 

Amina septembre 2018 002

 

Nathasha Pemba, Les Passants de Québec, Essor-Livres, Québec, 2017, 122 pages.